‹ ThéâtreChapitre 182 sur 250 · MM. BEAULIEU · texte numérisé non relu

MM. BEAULIEU

DRISSET, députée OR OT VU FA'BREGANT son secrétaire M Lu BERTHIER.

KABLOT; chef du parti modéré 4 V7eu 0020 ARVEL ASTON -Dnevsiidoe RaDIiot CHER ERA CURE R. GoT PENS AC MÉDUISE MEL NUS Re D ae Lau: M. ANDRÉ CA MES ;Sreporter. Er, MER EENENE E DuCAR MADAME BRISSRT MIO METRE Mes JALABERT.

BUCIENNE, dactylographe. "0 2 en SODI.

UNIDOMESTIQU ENS PNR M NN PTE NIUE M. GODEFROY*

La scène est à Paris, de nos jours, dans le cabinet de travail de Brisset. Mobilier très riche. Fabregant, au bout d'un assez grand

bureau placé sur la gauche, dicte des lettres à une dactylographe assise à l’autre bout.

FABREGANT, LUCIENNE, puis PINSAC.

FABREGANT.

Allons! la douzième lettre à l'électeur... Douzième lettre. Nous gâtons le métier... Et le patron ne m’en aura aucune reconnaissance!

LUCIENNE

Il avait l’air préoccupé, le patron...

FABREGANT.

Il est déjà levé?

LUCIENNE

Oui, il était ici ce matin, quand je suis arrivée. FABREGANT.

Il n’a rien dit que je n'étais pas là?

LUCGIENNE.

Non, il ne m'a parlé de rien.

FABREGANT.

Alors, il n'était pas en colère de me voir en retard? Oh! si je vous demande ça, ce n’est pas parce que ça me trouble, c’est pour lui. J’aime autant qu'il ne se donne pas d'émotions inutiles... La douzième lettre de l'électeur : (Lisant.) « Monsieur le député... » Charmante écriture de femme... « Veuve Pirandal »… Je la connais, c’est la veuve du percepteur de Saint-Urbain.

LUCIENNE

Une femme, ce n’est pas une voix.

FABREGANT.

Non, ce n’est pas une voix; mais quand elleest jeune et jolie, c'est plusieurs voix... La veuve Pirandal représente à elle toute seule quatre électeurs. Écrivons aux Finances, à notre ami du cabinet...

LUCIENNE

Mais le ministre est démissionnaire.

FABREGANT.

Le nouveau ministère sera constitué demain, et je crois que le nouveau ministre gardera le même cabinet. °

LUCIENNE

On pourrait écrire demain... Parce que si votre ami

n'y reste pas. | | FABREGANT.

Je sais que tous les prétextes vous sont bons pour ne. pas travailler. Écrivez-lui la formule des bureaux de tabac.

LUCIENNE

Chaleureuse ?

FABREGANT.

Oui. Première chaleur... Quel travail stupide, vraiment. Si je n'étais pas HORS par le lucre... un lucre modeste...

LUCIENNE, tout en écrivant.

Hé! hé! lucre modeste, mais convenable : quatre cents francs par mois...

FABREGANT.

Qu'est-ce que c'est que ça, pour un ancien candidat à la députation! Car j'ai été candidat, oui, candidat contre le patron.

LUCIENNE, d’un air intéressé.

Ah?

FABREGANT.

Vous le savez, je vous l’ai déjà dit... et c’est inutile de feindre l’étonnement pour vous arrêter d'écrire.

LUCIENNE, Non, je ne savais pas, je vous assure.

FABREGANT.

J'étais candidat en 1902 contre le patron que je ne connaissais pas. C’est comme ça que nous sommes entrés en relations. Après son élection, nous sommes devenus tout à fait amis. Et alors je l’ai combattu une seconde fois, en 1906, dans une campagne loyale, c'est-à-dire à la gomme, pour empêcher un autre candidat de se présenter contre lui. C’est donc le patron qui a payé les frais de mon élection. Et ce qu'il y a de mieux, c’est que, cette fois-là, j'ai failli passer, et que j'ai eu quinze cents voix de plus qu’à la précédente élection. Vous comprenez, je n'avais pas regardé aux affiches. J'étais en excellents termes avec l'imprimeur. Seulement, maintenant, monsieur Brisset préfère avoir contre lui des adversaires véritables, qui marchent à leurs frais. Il m’a pris comme secrétaire. Vous avez fini? Écrivez maintenant à la dame Pirandal.

LUCIENNE, avec un geste de lassitude.

C'est peut-être une de ces personnes à qui il vaut mieux ne pas écrire à la machine. Quelques lignes de votre écriture.

FABREGANT.

Je vous vois venir avec vos petits souliers fins... Vous pouvez écrire à la machine à écrire à madame Pirandal, c'est une personne très moderne. Allez, écrivez, belle Lucienne. Je dicte; et si cela peut vous consoler, je vous dirai que ça m’embête autant de dicter que vous d'écrire... (Dictant.) « Madame, depuis le triste deuil qui vous a frappée, et auquel j'ai pris une très grande

part.

Chantant.

Depuis le triste deuil Qui vous a frappée,

Et auquel j'ai pris

Une très grande part...

Il faut bien égayer par des fredons cette besogne monotone. (Dictant.) « ...et bien avant d’avoir reçu votre

jettre:..

Chantant d’un air grave.

Et bien avant d’avoir reçu votre:lettre… Pom, pom, pom, pom!

LUCIENNE

Pom, pom, pom, pom!

FABREGANT.

N'écrivez pas Ça. (Dictant.) «… j'avais [déjà songé à faire allouer à |la veuve d’un [dévoué serviteur de, la République.

LUCIENNE

Bon! Il faut que je recommence! J’ai trop espacé cet interlignel!

FABREGANT.

Vous me coupez mon inspiration. Quand nous reprendrons, je n'aurai plus aucun élan de pitié pour la veuve Pirandal.

LUCIENNE, tout en changeant sa feuille.

Dites donc, est-ce que le patron ne va pas passer ministre, cette fois-ci?

FABREGANT.

Ça m'étonnerait. On forme un ministère très à gauche et Brisset est trop notoirement modéré.

LUCIENNE

Mais il n’est donc pas capable de changer un peu d'opinion ?

FABREGANT.

Il en change tout le temps, seulement, il ne faut pas qu'il s’en aperçoive.. Savez-vous pourquoi, moi, j'ai toujours été un raté en politique? Je me rendais compte de mes changements d'opinions... Cela m'impressionnait, et je n’exécutais plus ces mouvements gracieux avec la même désinvolture. C'est pour cette raison que les étiquettes sont bien dangereuses, qu'un modéré avéré ne peut pas devenir d'une heure à l’autre un radical-socialiste. Aussi le mot d’indépendant devient-il très en faveur. Il n'engage à rien. Indépendant, ça veut dire : à la disposition. Aujourd’hui, jour de crise, la plupart des indépendants restent chez eux. Malheureusement, les indépendants ne représentent pas une force numérique, puisqu'ils n’appartiennent à aucun groupe... Aussi déjà quelques-uns d’entre eux ont formé un petit groupe secret et qu’on appelle les « Camembert », parce qu'ils sont dirigés par un facteur des Halles, marchand de fromages, qui n’est pas député, et à qui ces indépendants obéissent au doigt et même, paraît-il, à l'œil.

LUCIENNE

Alors le patron ne risque rien de sortir! On ne viendra pas lui offrir le portefeuille.

FABREGANT.

Il restera chez lui tout de même, car on ne sa jamais. C'est-à-dire qu’il ne restera pas à proprement parler chez lui, mais il s'organisera pour ne pas sortir.

LUCIENNE. Il ne ferait pas un plus mauvais ministre qu'un autre. C’est un homme intelligent.

FABREGANT,

Il est riche. Toutes les fois qu'un homme très riche n’est pas une brute légendaire, son entourage ne demande pas mieux que de le trouver intelligent. On dit de lui: « Mais, vous savez, c’est un garçon de valeur! » A son arrivée à la Chambre, notre patron, gros manufacturier — deux mille ouvriers — s’est vu entouré d’un certain nombre d'honorables. Ils ne voulaient pas s’avouer à eux-mêmes qu'ils s’'approchaient de lui parce qu’il était riche. Alors ils lui ont trouvé toutes sortes de qualités. Puisqu'on les lui a trouvées, n'est-ce pas? c’est qu'il les avait... Mais vous me faites parler, vous me faites parler, et vous vous fichez de ce que je vous raconte. Seulement, pendant ce temps-là, je ne dicte rien... Écrivez à madame Pirandal... ou plutôt ne lui écrivez pas. Nous avons fait nos douze lettres, c'est suffisant. Pas de précédents fâcheux.

PINSAC, entrant.

Bonjour Fabregant.

FABREGANT.

Monsieur le député!

PINSAG.

Mademoiselle!

LUCIENNE

Monsieur le député!

PINSAC.

“Le patron n’est pas sorti?

FABREGANT.

Non. Il est là.

PINSAC.

= Alors je reviens. Je trimballe un conseiller d’arrondissement de chez moi. Je vais l'envoyer tout seul

visiter les catacombes. A tout de suite.

Il sort.

FABREGANT.

Encore un employé du patron, ce député-là. Une de ses créatures.

LUCIENNE

C’est une espèce de forban.

FABREGANT.

Je ne crois pas.

LUCIENNE

C'est un honnête homme?

FABREGANT.

Je ne crois pas.

LUCIENNE

C’est un homme sans scrupules.

FABREGANT.

I] ne sait pas.

LUCIENNE

Je crois que voilà le patron.

FABREGANT. j Eh bien, entamons quelque chose. Il faut qu’il nous trouve toujours àila besogne.

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