FABREGANT, LUCIENNE, BRISSET, MADAME BRISSET
BRISSET, entrant. Ah! vous voilà? Vous êtes en train de travailler?
FABREGANT.
Nous avons écrit onze lettres. J’achève la dou-
zième, mais elle n’est pas pressée.
Il va jusqu'à la table où se trouve Lucienne, et tous deux
classent des papiers.
MADAME BRISSET
Tu n'as pas Chambre, aujourd’hui?
BRISSET
Puisque nous sommes en pleine crise.
MADAME BRISSET
C’est vrai, suis-je bête! Eh bien, c'est Lourien qui fait le ministère ?
BRISSET
C'est Lourien. Ce sera un ministère radical... Programme avancé. Ils n’insistent pas trop sur la question des syndicats. Mais ils remettent l’impôt sur le revenu sur le tapis.
FABREGANT.
Pour donner satisfaction aux partisans de la marche
en avant...
MADAME BRISSET
Tu sors tout à l’heure?
BRISSET, après une hésitation.
Non, je suis enrhumé.
MADAME BRISSET, d'un air fin.
Je parie que je devine pourquoi tu ne sors pas.
Parce que tu.veux qu’on te trouve ici si on vient te chercher pour le ministère.
FABREGANT, bas à Lucienne.
La bonne femme! Je savais bien qu'elle ne le raterait pas!
BRISSET, très irrité.
C'est incroyable! Vous entendez, Fabregant?... Comment voulez-vous que je sois épargné par mes ennemis, si les miens eux-mêmes se livrent à de telles imputations.. Moi, modéré, je ne sors pas parce que j'attends chez moi la visite d’un radical! Eh bien, si c'est comme ça, je sors... Je sors avec mon rhume...
MADAME BRISSET
Écoute, je t’en prie! ne fais pas attention à ce que je t'ai dit. Reste ici, comme tu en avais l'intention. Ce n’est pas parce que tu es enrhumé, tu n'as presque plus rien. Il fait très beau temps, en somme...
BRISSET
Je ne suis pas enrhumé, maintenant! J'ai toussé toute la nuit comme un malheureux! Mais je suis obligé de sortir, s’il ne m'est plus permis de rester chez moi sans que ça ait une signification... (Un domestique est entré, à ce moment, et a apporté un paquet de journaux qu'il dépose sur la table, à côté de Fabregant.) Ca va m’obliger à donner des ordres, et à dire que Je n'y SUIS Pas. (Le domestique sort. A madame Brisset.) Allons, fais-moi apporter mon pardessus et mon chapeau, je vais sortir. J'irai n'importe où, dans un square, mais il faut que je sois en dehors de chez moi.
MADAME BRISSET, timide.
Je ne dirai plus rien.
BRISSET
Mon parti est pris. Je sors.
MADAME BRISSET
Mais mon bon ami, je ne veux pas t’'empêcher de sortir. Tu as bien le droit de faire ce qu’il te plaît.
BRISSET
Et même, ce qui me déplaît... Je n’avais pas l’idée de sortir, mais je sors maintenant.
MADAME BRISSET
Je vais l'envoyer ton chapeau et ton pardessus. Exit madame Brisset.