SCÈNE III LES MÈMES, moins MADAME BRISSET
qui rentre quelques instants après.
FABREGANT, bas à Lucienne.
Il est très embêté. C’est le moment.de lui tendre une perche de salut... (A Brisset.) Patron, je ne comprends pas que vous vous laissiez influencer et que vous sortiez contre votre gré, sous prétexte que le fait de rester chez vous donne lieu à des insinuations injustes.. Vous n’en avez pas fini si vous ne prenez pas le parti d'agir à votre idée sans vous soucier de ce qu'on dira.
BRISSET, vite convaincu.
Vous avez raison.
FABREGANT.
On dira que vous attendez votre collègue Lourien? À quoi ça rimera-t-il, puisqu'on sait bien que vous n'êtes pas disposé à entrer en pourparlers... à moins de certaines concessions.
BRISSET
Il n’y a pas de concessions qui tiennent.Je n’entrerai pas dans un ministère avec des radicaux-socialistes…
C'est contraire à la discipline de mon parti. D’ailleurs, ils n’oseront jamais venir me voir. (Tirant sa montre.) S'ils avaient osé, ils seraient déjà venus...
Le domestique entre.
LE DOMESTIQUE
Voilà le pardessus de monsieur et son chapeau.
FABREGANT.
Monsieur ne sort pas.
MADAME BRISSET, entrant.
Je t'ai fait donner ton pardessus et ton chapeau.
Je vois, mais j'ai changé d'avis... Je ne sors pas. LE DOMESTIQUE.
Ah! bon!
BRISSET, Pourquoi : ah! bon?
LE DOMESTIQUE
Je viens de dire à quelqu'un que monsieur n'y était pas.
BRISSET
Qui est-ce qui vous a permis de dire cela?
LE DOMESTIQUE
Cest monsieur qui a dit comme ça que vous alliez donner des ordres.
BRISSET
Eh bien, vous allez quitter la maison tout de suite. Cela vous apprendra à attendre des ordres précis.
MADAME BRISSET
Tu lui as reproché l’autre jour de manquer d’initiative. Il à cru bien faire, ce garçon!
| BRISSET
Comment était-il, ce monsieur?
LE DOMESTIQUE, troublé.
Un monsieur d’une cinquantaine d’années, avec une
barbe grise.
BRISSET, à Fabregant.
C’est Lourien. (Au domestique.) Vous allez vous en aller tout de suite... On vous règlera vos huit jours.
MADAME BRISSET, à mi-voix.
Il ne pouvait pas savoir que tu tenais à voir ce
monsieur...
BRISSET, éclatant.
Mais je ne tenais pas à voir ce monsieur! Qu'est-ce que tu me fais dire? Je suis enchanté de ne pas l'avoir vu! Mais, pour le principe, je flanque ce garçon à la
porte.
LE DOMESTIQUE
J'avais cru bien faire... D'autant que monsieur, l’autre jour, m'avait disputé pour l'avoir laissé
entrer...
BRISSET, sursautant.
Il n’est jamais venu avant aujourd'hui.
LE DOMESTIQUE
C'est ce vieux monsieur qui place du vin...
BRISSET
Ah! bon! ce n’était pas Lourien! (A Fabregant.) Ce n’était pas Lourien… MADAME BRISSET.
Alors il faut que je fasse le compte de ce pauvre garçon?
BRISSET
Eh bien, c’est bon. Je verrai... La chose a moins d’ importance que je ne croyais.
MADAME BRISSET
Tu disais que c'était pour le principe.
FABREGANT, bas à Lucienne.
Cette femme est vraiment terrible à lui rappeler
ainsi tout ce qu'il dit!
LE DOMESTIQUE
Je crois qu'on a sonné... Cette fois-là, je fais entrer
tout le monde.
BRISSET
Mais non, demandez le nom, et venez voir si j'y
suis... (Il va pour sortir.) Je ne crois pas que ce $oit lui...
FABREGANT.
Qui ça peut-il être?
| BRISSET
Nous allons voir.