‹ ThéâtreChapitre 197 sur 250 · SCÈNE II MADAME LEBLEU, ÉDOUARD · texte numérisé non relu

SCÈNE II MADAME LEBLEU, ÉDOUARD

ÉDOUARD, sortant de la chambre.

- Ahtf ma pauvre maman! quelle nuit, si tu savais quelle nuit j'ai passée!

Mon pauvre petit! (Elle l'embrasse.) La bonne me disait que ça n'avait commencé qu’à six heures.

ÉDOUARD

Qui, maman, seulement, nous nous étions couchés à. deux heures et demie.

MADAME LEBLEU.

Elle avait souffert jusque-là.

ÉDOUARD

Mais non, nous avions été souper.

MADAME LEBLEU.

Ah! tu m'en diras tant! Si elle va se donner des indigestions!

ÉDOUARD

Comme tu y vas! Se donner des indigestions! Elle n’a pour ainsi dire rien pris.

MADAME LEBLEU Exifin elle a tout de même mangé quelque chose?

ÉDOUARD

On a servi un peu de caviar, elle y a à peine touché; de la langouste, elle en a pris un petit morceau; de la salade de pommes de terre, deux ou trois cuillerées à peine;-un rien. de viande froide et du fromage.

Il y a de quoi se charger l'estomac. Moi, je peux tomber malade d’une façon on d’une autre, mais Je n’attraperai Jamais d’indigestion en allant souper.

ÉD OUARD, légèrement impatienté.

Oui, maman, je sais que tu ne vas pas souper. Mais, qu'est-ce que tu veux! Nous allons souper quelquefois... Et nous ne nous en sommes jamais mal trouvés.

MADAME LEBLEU.

La preuve!

ÉDOUARD

Enfin, tu sais bien que c’est une chose qui remonte à plus loin que ça. Elle ne veut pas se soigner. Elle n’a pas. d'habitudes régulières. En dépit des laxatifs, voilà six jours... Je me tuais à lui répéter qu'il faut faire attention à ça, que c’est d’une importance capitale, et que ça finirait par lui jouer un mauvais tour.

MADAME LEBLEU.

Alors, elle a des douleurs violentes dans le ventre?

ÉDOUARD

Oui, je crois que c'est le gros intestin, seulement on ne peut pas savoir au juste : le ventre est ballonné. Le docteur a toutes les peines du monde à la palper, il ne peut pas se rendre compte.

MADAME LEBLEU.

C'est un âne, ton docteur!

ÉDOUARD, nerveux.

Ce n’est pas exact. Je t’en prie, maman, je le connais et je sais parfaitement ce qu’il vaut. Je voudrais bien que tu me dises ce qu'on peut faire quand le ventre est ballonné. Quelle heure est-il? :

MADAME LEBLEU.

Il est bientôt. onze heures.

ÉDOUARD

Je n’airien pris ce matin.

MADAME LEBLEU.

Eh bien, fais-toi servir quelque chose.

ÉDOUARD

Je ne serais pas capable d’avaler une miette. (11 va s'asseoir, accablé, sur un canapé au fond.) Moi qui ne peux pas supporter de ne pas me laver en me levant, je ne me suis pas lavé, et, ce qu’il y a de plus fort, c’est que je n'y pense même pas. (11 se lève.) Onze heures! il va falloir envoyer quelqu'un chez le docteur!

MADAME LEBLEU.

Tu penses à faire venir un docteur en consultation?

ÉDOUARD

J’ai demandé au médecin, là, avec des ménagements, tu penses.

; MADAME LEBLEU.

Des ménagements! des ménagements!….. Il doit bien se rendre compte qu'il ne suffit pas pour un cas grave...

ÉDOUARD, impatienté.

Enfin j'ai tenu à le ménager tout de même. Je lui ai dit : « Docteur, nous avons parfaitement confiance en vous... »

MADAME LEBLEU.

Ce n'est pas vrai.

ÉDOUARD

Je Îe lui ai dit tout de même... « Nous avons parfaitement confiance en vous, mais nous voulons tranquilliser la famille... » Alors il m'a répondu tout de suite :

LA GLOÏIRE AMBULANCIÈRE. 407

« Très volontiers; faites venir qui vous voudrez en consultation. » Je lui ai dit : « Docteur, c’est à vous d'indiquer la personne dont vous voudriez avoir l'avis. » Alors, il m'a nommé le docteur Herchet, et il a paru très satisfait.

MADAME LEBLEU.

Je te crois, ces petits docteurs-là ne demandent que ça. Il ne faut pas t’imaginer que ça les ennuie d'appeler un grand docteur en consultation. Ils rendent des services à des gros bonnets et il y en a qui ont l'habitude de se faire payer le même prix que le docteur célèbre à qui on demande son avis... D'ailleurs, tu me feras le plaisir de lui payer, à lui, sa visite ordinaire...

ÉDOUARD

Je me conformerai aux usages. (Avec émotion.) Ce n’est pas le moment... quand cette pauvre petite est én danger... (11 pleure.) d’agiter des questions de gros sous.

Elle n’est pas en danger, sans cela, le docteur aurait dit tout de suite d'envoyer une dépêche à sa mère qui est à Wiesbaden.…

ÉDOUARD

Eh bien, maman, quand je lui ai parlé d'envoyer une dépêche, il n’a dit ni oui ni non... Il m'a dit simplement : « Attendez à £e soir... » Que dois-je faire à ce sujet? Faut-il que je télégraphie? J’ai peur de causer une émotion terrible à ma belle-mère.

MADAME LEBLEU.

Eh bien, c’est sa fille. Nous sommes tous ici dans l'inquiétude, elle doit avoir sa part de nos soucis.

; ÉDOUARD, tombant assis.

Ah! mon Dieu! mon Dieu!

MADAME LEBLEU, secouant le thermomètre. * Je àe peux pas faire descendre ce machin-là.

ÉD OUARD.

Attends. Il faut donner un coup Sec. (I prend le thermomètre et-le secoue. A Saginet, qui entre.) Bonjour, Aristide!.

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