SCENE TEL
L£s MÈMES, SAGINET, ROBERT, puis KEPHONSINE, pus CLARA et.CHARLES.
SAGINET.
Je:ne vais peut-être pas pouvoir rester. J'ai des rendez-vous au magasin.
ÉDOUARD, sans l'écouter, à Robert qui entre.
Ah! mon pauvre Robert! Ta sœur est bien malade!
ROBERT
Ealine-toi! Calme-toi!
ÉDOUARD
Que dois-je faire avec ta mère? Faut-il lui envoyer une dépêche à Wiesbaden?
ROBERT
H vaut peut-être mieux attendre. Si on effraie maman... si on la fait revenir et si ce n’est rien.
ÉDOUARD, pénétré.
Ah! je voudrais bien la voir revenir pour rien et je supporterais joyeusement ses reproches! (Prétant l'oreille.) Qui.est-ce qui vient encore? Oh! moi, ça me fait mal de voir du monde. (A Saginet et à Robert.) Des proches, des amis comme vous, Ça va encore.
ROBERT
€a doit être ma tante Alphonsine.
ÉDOUARD
Je vais lui demander si je dois envoyer la dépêche. Entre Alphonsine.
ALPHONSINE, serrant les mains et saluant de la tête, elle est très essoufflée.
Eh bien? Qu'est-ce qui arrive?
ÉDOUARD
Ah! si nous savions au juste! Ma femme a été prise d'une crise dans le ventre ce matin à six heures; le médecin ne se prononce pas. Elle a le ventre ballonné.…
ALPHONSINE
Quel médecin?
ÉDOUARD, timide.
Le docteur Lehasquet.
ALPHONSINE
Votre petit docteur!
MADAME LEBLEU.
Tu vois? Je ne le lui fais pas dire : « Votre petit docteur! »
ÉDOUARD, avec empressement.
Je vais faire venir quelqu'un en consultation, le docteur Herchet.
ALPHONSINE
Qui est-ce qui vous l’a indiqué?
ÉDOUARD
Mon médecin.
ALPHONSINE, nettement.
Vous ne pouvez pas faire venir Herchet. Vous allez vous mettre mal avec tante Rosalie. Elle ne peut pas
souffrir le docteur Herchet depuis qu’il n’a pas voulu se déranger pour son petit garçon...
ÉDOUARD, irrité.
Mais enfin, c’est insensé! Nous nous trouvons en présence d’une maladie peut-être mortelle et on discute ces misérables questions d’amour-propre! On m'a indiqué le docteur Herchet, je prendrai le docteur Herchet. (Énergique.) C’est mon devoir de faire appel à l'homme que l’on me désigne comme étant le plus capable et le plus fort.
ALPHONSINE
Oh! mais, mon Dieu! faites ce que vous voulez. Je ne dis plus rien. Tenez, je vais rentrer chez moi.
Robert me tiendra au courant, heutfe par heure, de ce qui se passera chez la malade.
MADAME LEBLEU, à Édouard, à mi-voix.
Retiens-la.
ÉDOUARD
Ab! non, par exemple!
MADAME LEBLEU.
Tu verras que si tu ne la retiens pas, ta femme t'en voudra.
ÉDOUARD
Je lui expliquerai ce qui s’est passé. Elle me donnera raison.
MADAME LEBLEU.
Retiens-la, mon petit, ça vaut mieux!
ÉDOUARD, avec héroïsme.
Ma tante, excusez-moi. Je vous demande pardon. Faites-moi le plaisir de rester.
ALPHONSINE
Je reste parce que ma sœur est à Wiesbaden et qu'elle ne me pardonnerait pas d'abandonner ma
nièce...{(A Édouard, ironiquement.) Est-ce qu'il est permis d'entrer dans la chambre?
EDOUARD C'est qu'elle dort en ce moment.
ALPHONSINE, même ton.
Bon! Bon! J’attendrai.
ÉDOUARD, à Madame Lebleu.
Oh! maman! ce qu’elle m'agacel Tu sais, ce qu v'elle m'agace |!
MADAME LEBLEU.
Tais-toi! tu lui diras son fait une’autre fois.
ÉDOUARD
Non, parce que ma colère sera tombée.
SAGINET, s'approchant d'Alphonsine.
Je suis le cousin d’Édouard, madame. J’ai eu l'avantage de vous être présenté il y a trois ans au mariage... C’est un bon petit ménage... Pourvu que ça ne soit pas grave... (Regardant sa montre.) Malheureusement, je ne pourrai pas rester longtemps, je crois que je vais être obligé de m'en aller, j'ai du monde qui m'attend au magasin... (Alphonsine hoche la tête et le quitte. Il va doucement à madame Lebleu.) Je disais que j'avais peur de ne pouvoir rester longtemps ici. J'ai du monde qui m'attend au magasin. (Madame Lebleu hoche la tête et Île quitte. Il va à Édouard, qui ne le laisse pas parler, lui tape simplement sur l'épaule et s'éloigne. À Robert.) Je crois que si je m'en vais dans un instant, on comprendra que je n'ai pas pu faire autrement. Vous savez, quand on est
dans le commerce... Robert lui tape sur l'épaule et s'éloigne. Entre Clara.
CLARA,-à Édouard, qu'elle embrasse.
Bonjour, frère. Bonjour, maman... Bonjour, madame... Bonjour, Robert...
LA GLOIRE AMBULANCIÉÈRE.
PS + Lo
ROBERT, qui s'est levé avec empressement.
Bonjour, Clara... comment va votre mari?
CLARA
Il va bien.
ROBERT
Nous n’aurons pas le plaisir de le voir?
CLARA
Non, il est à Lille.
ROBERT, à demi-voix.
Ah! bon! bon! On ne se voit plus. Vous n'avez pas repris votre jour? (Clara fait non de la tête.) J’ai tellement de choses à vous dire.
CLARA
Oui, oui, je les connais, les choses que vous avez à me dire... Et je vous en fais grâce...
ROBERT
Allons tous les deux dans la salle à manger. On sera mieux.
CLARA
Restez tranquille. À quelle heure votre sœur a-t-elle eu mal?
ROBERT, très rapidement, à mi-voix.
Ce matin, à six heures. On n’est pas rassuré. Le médecin ne peut pas la palper, elle a le ventre ballonné.. On va demander un docteur en consultation. {Silence.) Venez dans la salle à manger avec moi.
ACIAR A.
Non, certainement.
ROBERT, suppliant.
Si! Venez dans la salle à manger avec moi!
CLARA
Mais non, vous avez été.trop mal élevé l’autre jour.
Et puis, vous n'avez pas honte de faire la cour aux femmes quand votre sœur est si souffrante?
ROBERT
Ça n'est pas grave. Je suis sûr que ce n’est rien. Allons donc causer gentiment dans la salle à manger. Ici, c'est insupportable.
ÉDOUARD, s'approchant.
Robert, mon vieux, il faut que tu ailles chez le doc-
teur Herchet que l’on voudrait avoir en consultation.
ROBERT, ennuyé. Bien! Bien! On pourrait peut-être y envoyer ton cousin Aristide.
ÉDOUARD
Mais non, c’est un empoté. 11 ne trouverait pas le docteur. Il lui courrait après Jusqu'à ce soir...
ROBERT, avec un empressement forcé.
J'y vais... J’y vais... (Entre Charles.) Ah! tiens, voilà le petit Charles. Il est très adroit, lui, tout ce qu'il y a de plus malin... Moi, tu comprends, j'aime mieux rester ici, en cas de besoin...
ÉDOUARD, à Charles.
Charles, tu vas me rendre. un service! (Lui serrant la main avec effusion.) Bonjour, mon petit Charles. Tu vas aller chercher le professeur Herchet. Je vais te donner son adresse.
CHARLES, très suffisant.
Je trouverai! Je trouverai!
ÉDOUARD
Il vaut mieux que je te la donne. Ce sera plus vite fait. Tu lui diras. s
CHARLES, allant vers la porte.
Oui, oui.
414 LA GLOIRE AMBULANCIERE.
ÉDOUARD, lui courant après.
Mais tu ne sais pas ce que tu vas lui dire. Tu lui diras que tu viens de la part du docteur Lehasquet et qu'on l'attend en consultation le plus tôt possible. Tâche de le ramener.
CHARLES
Sois tranquille. Tu peux compter sur moi. C’est comme s'il était déjà là.
ÉDOUARD
Tiens, voilà l’adresse.
I] lui tend un papier.
CHARLES
J'aurais bien trouvé, tu peux être tranquille! (4 Madame Lebleu.) Soyez tranquille ! (A Alphonsine.) Ayez confiance en moi!
ÉDOUARD, secouant le thermomètre.
C'est effrayant ce que c’est difficile de faire descendre ça! J'ai beau donner un coup sec.
b ROBERT.
Passe un peu ça. Tu n'as pas le truc. (11 secoue le thermomètre. Édouard s'éloigne. A Clara.) Je vais dans la salle à manger. Vous viendrez m'y rejoindre.
CLARA
Homme insupportable!
Robert sort par la gauche.
ÉDOUARD
Je vais voir si elle dort toujours et demander au docteur (A Madame Lebleu et à Alphonsine.) Si VOUS pouvez
enr...
Il entre dans la chambre du fond au moment où Saginet va
l'aborder. Saginet, inquiet, regarde sa montre et se rassoit. MADAME LEBLEU.
Je ne sais pas ce qu'ils ont à ètre entichés de ce petit docteur de rien du tout.
ALPHONSINE
Je n’en voudrais certainement pas pour soigner mon petit chien... Je leur ai dit bien des fois de prendre mon médecin à moi, le docteur Tostil, un homme de grande valeur, qui vous fait faire des régimes. Jamais de drogues. Pas charlatan du tout.
MADAME LEBLEU.
Moi, j'ai pour médecin... (Dans l'extase.) un homme extraordinaire, qui me soigne depuis trente ans, le docteur Borzade, rue de Clichy. C’est un homme qui se lève à quatre heures du matin. Il a haut comme ça de livres sur son bureau. Il est savant comme on ne l’est pas, et il n’arrête pas d'étudier. Mais, ce petit Lehasquet, il ne sait rien de rien, vous savez.
ALPHONSINE
Il a dû passer ses examens par protection, et il a fait
faire sa thèse de docteur par un pauvre diable du
quartier latin. C’est connu.
Entre Lehasquet, venant de la chambre du fonda.
SCÈÉNE IV