ACTE DEUXIÈME
MONSIEUR MAURICE
Monsieur le président, c’est un garçon absolument parfait et d’une éducation soignée. Je sais que sa mère s’est imposé de gros sacrifices, que c’est une femme très méritante et, pour vous donner une idée de l'énergie qu’elle déploie à son travail, je vous dirai qu'elle se refuse à prendre toute espèce de distractions. Exemple : je lui avais proposé une fois, un matin, de lui faire faire uu tour en automobile pour lui montrer l'excellence de ma marque... ce n’était pas dutoutintéressé... Je vous prie de le croire, puisqu'elle n’est pas dans une situation à acheter une auto. Mais ces voitures sont si douces que c’est une véritable bonne action que de proposer une promenade à une personne qui n’a pas beaucoup de distractions dans la vie...
LE PRÉSIDENT
Enfin, je le répète, ceci n’a qu’un rapport très éloigné avec la cause... Monsieur l’avocat général, vous n'avez pas de questions à poser au témoin?
MONSIEUR MAURICE, aimablement.
Ne vous gênez pas, monsieur l’avocat général.
L'AVOCAT GÉNÉRAL
Je n’ai pas de questions à vous poser.
LE PRÉSIDENT
Le défenseur ?
MONSIEUR MAURICE
Je suis à votre disposition, monsieur Pérodot.
MAÎTRE PÉRODOT.
Je n’ai pas de question spéciale à vous poser.
MONSIEUR MAURICE
Monsieur Pérodot me connaît bien, d’ailleurs, et il connaît bien la marque Zimboé.
498 JEANNE DORÉ
Vous pouvez vous retirer.
MONSIEUR MAURICE
Je me retire, maïs je tiens à dire en m'en allant que je me tiens à la disposition de la Cour, de monsieur le greffier, de messieurs les jurés et, en général, de toutes les personnes ici présentes pour leur faire faire un tour le long des remparts.
À LÉ PRÉSIDENT
Allez vous asseoir... L’audition des témoins à décharge est terminée?
L'HUISSIER
Oui, monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Je suis saisi d’une demande du défenseur aux fins de faire entendre devant la cour, madame Doré, mère du prévenu. (Mouvement dans la salle.) Maître Pérodot, vous persistez dans votre désir de faire entendre madame Doré? Vous. pensez que ce témoignage est de nature à jeter quelque lumière dans le débat?
MAÎTRE PÉRODOT.
Je maintiens, monsieur le président, la demande que j'ai adressée respectueusement à la Cour.
LE PRÉSIDENT
Le ministère public ne s’y oppose pas?
L'AVOCAT GÉNÉRAL
Je ne vois pas la nécessité d’une comparution de ce genre, toujours pénible, mais je ne veux pas qu'il soit dit que nous ayons entravé les droits de la défense.
| LE PRÉSIDENT
En vertu de notre pouvoir discrétionnaire, nous
ordonnons la comparution de la femme Doré... Faites
entrer le témoin.
Entre Jeanne Doré.