SCÈNE IV
JEANNE DORÉ, LE GARDIEN CHEF, MARIE, JACQUES, à travers le guichet de sa cellule.
JEANNE DORÉ, apparaissant au fond.
Monsieur Bertaud!
LE GARDIEN. CHEF
Madame, excusez-moi, mais il faut vous retirer. JEANNE DORÉ.
Monsieur Bertaud... Mon fils, c’est pour demain matin.
524 JEANNE DORÉ
Qui est-ce qui a dit ça, madame? Qui est-ce qui a dit ça?
JEANNE DORÉ
Je le sais. c’est pour cela que je viens... Monsieur Bertaud, je veux le revoir.
LE GARDIEN CHEF
Madame, je ne peux pas autoriser cela, ce n’est pas seulement la question de risquer ma place. Mais je n’ai pas le droit... On ne doit voir les condamnés à mort qu'avec l’autorisation du juge .… Et à cette heure-ci, pensez donc! :
JEANNE DORÉ
Monsieur Bertaud, je veux lé revoir...
LE GARDIEN CHEF
Et puis, qu'est-ce qu’il penserait de vous voir arriver à cette heure-ci? Il ne faut pas qu’il se doute... Notez que je ne dis pas qu’il y aura quelque chose demain... Mais il suffira qu'il vous voie ce soir, en dehors des heures de visite.
JEANNE DORÉ
Il pensera que j'ai fait votre connaissance, je ne sais pas, moi... que j'ai passé la soirée chez vous... alors que vous m'avez fait la faveur... D'ailleurs je pourrai Jui dire ça. Et puis, il sera content de me voir, il ne pensera pas à de mauvaises choses... Et puis, monsieur Bertaud... dites-vous un peu... J’ai appris cet aprèsmidi, je ne vous dis pas comment, que c'était pour demain. Or, je devais le voir après-demain... Je me disais que j'allais le voir encore une fois. Quand je lai quitté, hier, je me suis dit : « Je le verrai encore une fois... » Vous ne pouvez pas empêcher cela, monsieur Bertaud.…
LE GARDIEN CHEF, après un silence.
Marie... redescends chez nous. Il n’y a que les enfants. Il faut qu'il y ait quelqu'un de sérieux en bas... Dépêche-toi.
«MARIE
J'y vais.
: Elle sort
LE GARDIEN CHEF
Je ne peux pas ouvrir sa porte... ça ferait du bruit, et ça s’entendrait. Je vais simplement ouvrir le guichet...
JEANNE DORÉ, vivement.
Écoutez... J'ai peur qu'il s'effraie en me voyant arriver à cette heure... Ouvrez le guichet comme si vous faisiez une tournée... Dites-lui que vous failes une tournée... Et puis, je lui parlerai...
LE GARDIEN CHEF
Attendez... (11 ouvre le guichet et met sa lanterne à la hauteur du guichet. On aperçoit le visage de Jacques.) Doré, j'étais en. train de faire une tournée dans toutes les cellules.
Jacques incline la tête.
JEANNE DORÉ, bas.
Dites-lui qu’il y a quelqu'un pour lui.
LE GARDIEN CHEF
Ne vous en allez pas... On veut vous parler. Jeanne Doré met sa main à la hauteur du guichet. Le gardien se tient un peu à l'écart.
JACQUES
C’est toi, Fanny?
Le gardien fait un mouvement. Jeanne lui fait signe de se taire.
Elle est oppressée.
JEANNE DORÉ, dans un souffle, d'une voix à peine distincte. Na Oui, c’est moi, Fanny...
596 JEANNE DORÉ
JACGQUES lui baise la main à travers le guichet. Dis-moi... pour la dernière fois... si tu m'aimes. JEANNE DORÉ.
Je t'aime.
JACQUES
Tu pleures... Tu pleures... Je t'aime! Approche-toi, Jeanne fait signe au gardien de fermer le guichet.
LE GARDIEN CHEF
Il faut s’en aller. J’ai permis cela. Je n’en avais pas le droit. Il faut s’en aller.
| JACQUES
Adieu!
JEANNE DORÉ, faiblement.
Adieu!
Le gardien referme le guichet.
Il vous a prise pour une autre.
JEANNE DORE
Il m'a prise pour une autre... Oui, oui... C’est mieux... Il s'en ira plus heureux.
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