ACTE DEUXIÈME. 81 BERTHE
Je vous crois... Mais alors, pourquoi? Pourquoi? Oh! je vois bien que vous ne m'aimez plus!
Elle se cache le visage dans ses mains.
HENRI, affolé.
Elle pleure maintenant! Elle pleure! Elle se met à
pleurer! Mais c’est abominable! Je ne veux pas que vous pleuriez! J'aimerais mieux vous emporter, vous
emporter tout à moi, au bout du monde... (Afrolé.) Voulez-vous fuir avec moi? Je vous enlève!
BERTHE, stupéfaite.
Mais pourquoi ça? Puisqu’on me donne à vous?
(Inquiète.) Vous me feriez croire que vous ne pouvez pas vous marier, que vous n'êtes pas libre.
HENRI
Mais je vous épouserais l'on se marierait à l'étranger,
dans une petite église. Nous mènerions une vie modeste. Je travaillerais pour vivre...
BERTHE
Mais pourquoi? Pourquoi voulez-vous que je quitte mon père?
HENRI
J'ai en horreur tout ce qui vous entoure!
BERTHE
Vous quitteriez votre situation?
HENRI, avec élan.
Ah! tout de suitel.… Je trouverais une place à Londres, dans une maison de commerce...
BERTHE
Vous ne savez pas l’anglais?
Non, mais je sais le français: C’est très utile dans une maison de commerce anglaise.
BERTHE
Écoutez, mon ami, en ce moment vous n'êtes pas bien. Vous étiez trop calme tout à l'heure. Et maintenant, vous avez trop d’exaltation.. Pourquoi nous en aller quand tout le monde est si bon pour nous? Pourquoi ne pas aimer mon père qui nous aime bien? Si vos affaires vous tracassent, vous n'aurez plus besoin de travailler après notre mariage. Mon père vous l’a dit... Soyez gentil, ne me tourmentez pas. Vous m'obligez à vous parler sans réserve, parce que je vous vois agité, et pas aussi heureux que vous devriez être... J’ai pour vous une tendresse infinie.
HENRI
.. Ah! oui. Parlez, parlez. Quand vous parlez, je ne pense plus qu’à vous... Il me semble que votre parole m'entraîne avec vous, loin d'ici, comme sur un fleuve d'oubli. Le reste du monde disparaît. Toute ma vie est dans vos yeux... (Ils se tiennent les mains et se regardent en silence. On entend la voix de Barthazard. Henri tombe accablé sur un fauteuil.) Ah! le reste du monde reparaît!