‹ ThéâtreChapitre 43 sur 250 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

pour mentir tout le temps comme ça. Une fois de temps en temps, je ne dis pas. Mais constamment, sans arrêter! C’est esquintant! Et il me faut avoir une mémoire! Quand on dit la vérité, au moins c’est plus facile, on n’est pas excédé par cette peur continuelle de se couper...

BARTHAZARD.

Pauvre petit! Je te plains!

HENRI

Oh! oui, tu peux me plaindre... Ce n’est pas gai! Et puis non seulement ça me fatigue, mais ça me dégoûte... Tu ne peux peut-être pas comprendre ça!

BARTHAZARD, ironique.

Je n’atteins pas à ton niveau moral.

HENRI

Mais il ne s’agit pas de niveau moral... Je veux dire que c'est beaucoup plus pénible pour moi que pour toi, de m'obliger de mentir à un être... que j'aime... le seul que j'aime au monde.

BARTHAZARD.

Mais c’est précisément, espèce de fourneau! parce que tu l’aimes et parce qu'elle t’aime que ça n’a aucune importance. Ça s’arrangera tout seul, cette histoirelà. Plus les choses seront engagées et moins il y aura de chances de rupture. Quand la vérité éclatera, ça finira par une petite scène de famille, et puis, on se raccommodera.

; HENRI

Oui, oui, ce sera du raccommodé!

BARTHAZARD.

Eh bien, ce sera du raccommodé, du bonheur

recollé... Ça vaudra toujours mieux que ce que tu avais

‘avant. k HENRI.

Mon vieux, quand on a cru avoir ce que j’espérais, on ne se contente pas de l’à peu près. Oh! tu ne peux pas comprendre ça!

BARTHAZARD.

Non, non! je ne comprends pas.

Pour toi, tu admets qu’on peut entrer dans la vie des gens en leur inspirant de la confiance, de l’amitié et de l'amour... Moi, je trouve que c’est effrayant de gâcher ces beaux sentiments-là en s’en servant comme d'instruments d’effraction Quand j'étais enfant, et que j'avais des parents riches, je me rappelle qu'un jour un domestique s'était servi d’un couteau d’or ciselé pour ouvrir un buffet dont on avait perdu la clef. Il a ouvert le buffet. Mais le couteau d’or a été abimé. On n’a jamais pu le ravoir.

BARTHAZARD. .

Il dit des fables, maintenant... C’est un fabuliste,

c'est un moraliste… HENRI.

Tu m'’embêtes! Je te répète qu'il ne s’agit pas de morale. Tu me demandes des choses impossibles : cette jeune fille m'aime; elle me croit un brave garcon.

BARTHAZARD.

Tu le deviens terriblement!

HENRI

Le jour où elle verra qu’elle s’est trompée sur mon compte...

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