ACTE DEUXIÈME
trahir, moi! Je suis un faiseur, c’est entendu, tu auras tous les honnêtes gens pour toi... N’empêche que, lorsque je t'ai proposé ce marché qui aujourd’hui te semble infâme, tu l’as accepté, mon petit garçon! Si j'avais cru avoir affaire à un faux frère, est-ce que tu crois que je me serais engagé là-dedans ? Mais je cours encore plus de risques que toi! J'avais une situation... mettons une situation morale, auprès de tous ces gens- là. Elle va être compromise, parce que toi, qui n'étais même pas connu d'eux il y a huit jours, tu vas vendre la mèche, tu vas manger le morceau... Je sais ce que tu vas me répondre, homme honnête! Ta trahison envers moi ne compte pas! Notre accord, aucune loi ne l’a sanctionné. Mais il était tout de même fondé sur notre bonne foi réciproque... Alors tu crois que tu ne me trahiras pas! Mais tu me trahiras avec toutes les excuses, que dis-je! avec l’auréole! parce que, me trahissant, tu auras la morale de tous les honnêtes gens avec toi! C’est parfait!
HENRI, après un silence.
Oui, tu as trouvé le seul argument qui pouvait me toucher. Oh! comme c’est embêtant! Comme c’est embétant! Comme c’est compliqué!
BARTHAZARD.
Tu vois, c’est compliqué aussi d’être honnête!
HENRI
Oui, parce que j'ai commencé par être autre chose... Comment faire? Écoute. Il s’agit de me sortir de là sans que ça te nuise à toi. Car la raison que tu m'as donnée est bonne pour toi, mais elle ne vaut rien pour ces gens-là. Ce n’est pas juste parce que j'ai commencé à les estamper avec toi pour que je continue par considération pour toi... Tu n’as pas droit au bénéfice de
cette combinaison. Mais c’est évidemment mon devoir de t'en épargner la honte. Écoute, tiens, va trouver le père Gonthier, dis-lui que je l’ai mis dedans, fournislui les preuves. Tu as des billets sur toi que je t'ai signés. Mais ils sont à ton nom, malheureusement.
BARTHAZARD.
Non, non, ils ne sont pas à mon nom.
HENRI
Ah! tu es un homme de précaution... Dis au père Gonthier qu’on t’a remis ces billets : c’est une preuve que j'ai pris des engagements pour après mon mariage.
BARTHAZARD.
Mais je ne ferai pas ça. Je t'ai laissé aller jusqu’au bout pour voir où tu voulais en venir. Mais je ne ferai jamais ça...
HENRI
Pourquoi? Puisque je t’y autorise!
BARTHAZARD.
Je me fous de ton autorisation... Tu traverses en ce moment une crise à laquelle je ne fais aucune attention. Quand cette petite crise sera terminée, dans une demi-heure, tu verras qu’il n’y a qu’un seul parti à prendre : c’est d'épouser mademoiselle Gonthier.
HENRI, décidé.
Si tu ne vas pas trouver le père Gonthier, c'est moi qui lui parlerai. Je vais lui dire tout, et j'ajouterai (D'un ton de délivrance.) que Je ne comprends rien à la métallurgie! Je crois que si l’on m'offrait une vraie situation dans la métallurgie, je n’accepterais pas... Je parlerai donc au père Gonthier. Je lui parlerai con-