‹ ThéâtreChapitre 93 sur 250 · SCENE III MADEMOISELLE KERMAGNON, SOS MEIUPT, ANDRE · texte numérisé non relu

SCENE III MADEMOISELLE KERMAGNON, SOS MEIUPT, ANDRE

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Dites donc, mon cher substitut, est-ce que vous croyez que cette affaire Niclès nous emmènera loin, et

pensez-vous que je ferais bien de demander une remise à la septième, où je devais me présenter à midi trois quarts?

LE SUBSTITUT

L'affaire Niciès est la première inscrite. Mais ce serait peut-être plus prudent que vous demandiez une remise à la septième.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Eh bien, c’est entendu. Je vais y aller.

A ce moment André fait mine de s'en aller, puis revient épousseter une table.

LE SUBSTITUT

N'allez pas jusqu’à la septième. Envoyez-y un de vos confrères. André va vous en appeler un. Vous entendez, André ?

MADEMOISELLE KERMAGNON.

André, soyez assez aimable pour aller jusqu’au vestaire. Mademoiselle Norel, que vous connaissez, doit être arrivée. Vous lui direz qu'elle vienne me voir.

ANDRÉ

Bien, mademoiselle.

Il donne encore un coup de plumeau et sort lentement. À peine a-t-il refermé la porte que l’avocate et le substitut tombent dans les bras l’un de l’autre. Leurs lèvres se joignent dans un long baiser.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Ah! coco! coco! J’ai cru qu’il ne s’en irait pas. Deux jours que je n'avais été dans tes bras... J'étais folle... Je suis sûre que tu ne trouvais pas le temps long, toi!

LE SUBSTITUT

Imbécilel.. laisse-moi, avec ton col qui monte si haut, je ne peux plus aller dans mon petit coin.

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MADEMOISELLE KERMAGNON.

Tu peux, va, tu peux, mon col ne serre pas très fort. (Le substitut, les yeux clos, a posé amoureusement ses lèvres sur la nuque de mademoiselle Kermagnon.) Dis donc, qu'est-ce que tu crois qu'il faut que je plaide dans cette affaire Niclès? Ma cliente a insulté l'agent. Si je disais que l'agent l'avait provoquée?

LE SUBSTITUT

Ça ne fait pas bon effet.

Il replonge son nez dans le cou de l’avocate.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Alors quoi? dis-moi... Mais dis-moi donc, petit?

LE SUBSTITUT

Ne te tourmente pas; si tu veux, je ne requerrai pas.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Ah! non, parce que, vis-à-vis de ma cliente et des gens qui seront là, j'aurais l'air d’avoir la tâche beaucoup trop facile. Si, requiers, coco, requiers!

LE SUBSTITUT

Hé bien, je ne serai pas trop méchant.

Son visage disparaît à nouveau derrière la tête de mademoiselle Kermagnon.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Qu'est-ce que tu as fait, vilain, pendant ces deux Jours?

LE SUBSTITUT

Je me suis terriblement ennuyé, pendant que tu étais au mariage de ton cousin. Etait-ce de ton cousin ou de ta cousine ?

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Oh! tu penses que je me suis amusée, sans toil

Fr

Puisque tu connais la famille, tu aurais pu venir un peu.

LE SUBSTITUT

C'est toi qui m'as défendu de venir, sous prétexte qu’il serait très difficile de ne pas se regarder gentiment...

Et tu te l’es laissé défendre bien facilement. Probablement que tu avais de quoi passer ton temps... Ah! si je savais ça...

LE SUBSTITUT

T'es bête!

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Écoute, mon petit, rien que de penser que tu pourrais me tromper, mon chéri, j'ai envie de te tuer, de te tuer là, séance tenante. Ne me trompe jamais, petit amour...

LE SUBSTITUT

Tu n'as pas besoin d’avoir peur... Laisse-moi mon petit coin... (A ce moment la porte s'ouvre. Entre mademoiselle Norel. Le substitut, gravement.) Evidemment, la défense n’est

pas astreinte à nous communiquer les pièces, mais dans l'intérêt même du client...

MADEMOISELLE KERMAGNON, après l'avoir

baisé sur la bouche.

Espèce de serin, mon amie sait tout. Regarde, Norel, comme il est rouge.

LE SUBSTITUT

Vous n'êtes pas sérieuse, mademoiselle Kermagnon.….

Vous êtes trop austère, monsieur le substitut. (Exit le substitut.) Il est bien gentil, et nous nous aimons.

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