SCÈNE IV
MADEMOISELLE NOREL, MADEMOISELLE KERMAGNON.
MADEMOISELLE NOREL.
Vous ne songez pas à vous marier ?
MADEMOISELLE KERMAGNON.
Il y a du tirage du côté de ma famille. Mais je crois que lorsque j'aurai bien plaidé deux ou trois fois, on m'accordera chez moi un peu plus d'indépendance. Et peu à peu J'acquerrai assez d'autorité pour qu'on me laisse me marier à ma guise... Mais je t'avais fait appeler pour un service. Va donc demander pour moi une remise à la septième, affaire Chaubel.. Pourquoi n'es-tu pas venue me prendre ce matin?
MADEMOISELLE NOREL.
Figure-toi, ma chère, que j'étais aux Galeries. Je n’y vais jamais l'après-midi : l'aspect de ces femmes, uniquement occupées de chiffons, me met hors de moi... C’est toul de même bien de s'être émancipées, comme nous avons fait, d’être sorties de la frivolité, d’être des êtres pensants. Je vais aux Galeries, ou au Printemps, quand il faut y aller. J'avais besoin d’un peu de surah mauve, pour une modification à mon corsage.
Celui qui va avec ta petite jupe plissée?
MADEMOISELLE NOREL.
Oui, je vais déjeuner chez le bâtonnier.
MADEMOISELLE KERMAGNON.
Ah! moi aussi! Ah! bien, si tu mets ta robe en surah mauve, je mettrai plutôt ma robe en taffetas vert-nil.
Elles sortent au moment où Déa Niclès entre par la gauche avec Thévenel, Boussu, le poète Messadie et André. :