‹ ThéâtreChapitre 97 sur 250 · II · texte numérisé non relu

II

Bonjour, bonjour! Eh bien, c’est entendu, vous niez. Vous dites que vous n'avez pas prononcé les mots.

DÉA

Oh! mademoiselle, ça ira bien, allez, je suis tranquille. Je serai acquittée.

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Écoutez, je l'espère, mais ce n’est pas absolument sûr. Je ne veux pas vous enlever vos illusions.

DÉA

Oh! si, je suis tranquille. Je vous dirai que j'ai pris des précautions. Ainsi, le substitut...

MADEMOISELLE KERMAGNON.

Le substitut?

DÉA

Je suis sûre de lui.

MADEMOISELLE KERMAGNON, inquiète.

Comment ça?

L'HUISSIER

Le tribunal!

DÉA, très impressionnée.

Oh! le tribunal.

L'HUISSIER

Le tribunal, messieurs, levez-vous et découvrez-

vous.

Entrent les trois juges et le substitut.

MADEMOISELLE KERMAGNON, inquiète.

Qu'est-ce que vous disiez, que le substitut?.…

DÉA

Je vous dirai ça plus tard. (Très impressionnée.) Oh! le” tribunal! le tribunal!

LE PRÉSIDENT, s'asseyant.

L’audience est ouverte. La première affaire.

L'HUISSIER

Affaire Niclès. Injures à un agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions.

LE PRÉSIDENT

La prévenue?

L'HUISSIER

Elle est libre, monsieur le président. (S'approchant de Déa Niclès). Levez-vous et répondez aux questions.

LE PRÉSIDENT

Vous vous appelez bien Déa Niclès? Vous exercez la profession de?.….

Je suis à l'Olympia et à la Gaîté. Je suis marcheuse.

LE JUGE, à mi-voix, au président.

Marcheuse?

LE PRÉSIDENT

Non, ça veut dire qu’elle est dans les corps de ballet. (A la prévenue.) Est-ce que vous êtes en ce moment au théâtre ?

DÉA

Non, monsieur le président, je suis en congé pour

le moment.

LE PRÉSIDENT

Oui, depuis quelque temps déjà, n'est-ce pas?

DÉA

Depuis quelque temps.

LE PRÉSIDENT

Et vous occupez vos loisirs... Enfin, c’est votre affaire. Vous avez à répondre d’un fait qui s’est passé le mois dernier, le 7 avril, devant la terrasse de la brasserie Pigalle. L’agent 704, du neuvième arrondissement, que l’on va entendre tout à l'heure, ayant adressé des observations à un chauffeur de taximètre qui s'arrêtait devant la brasserie, sans avoir fait le demi-tour réglementaire pour se trouver sur sa droite, l'agent 704 se vit interpeller par différentes personnes attablées à la terrasse, et notamment par vous, qui lui avez adressé des injures relatées au procès-verbal : (D'un air indifférent.) « fourneau », « vache » et « dos ».

C'est faux, monsieur le président, c'est d’autres personnes qui étaient là. Moi je n'ai rien dit, seulement comme les autres personnes se sont barrées…

LE JUGE, à mi-voix, au président.

Barrées ?

LE PRÉSIDENT, de même.

Oui, se sont défilées, se sont trottées (Devant l'air étonné

du juge.) sont parties, si vous préférez.

DÉA

… il fallait qu'il y eût quelqu'un qui paye pour tout le monde; alors, c'est moi qui a été chauffée. LE PRÉSIDENT.

Alors vous niez les propos qui vous sont attribués par l'agent 704?

DÉA

Je ne nie pas, je dis que c’est faux.

LE PRÉSIDENT

Nous allons entendre l'agent 704.

MADEMOISELLE KERMAGNON, anxieuse, à Déa.

Qu'est-ce que vous disiez du substitut?

DÉA

Je ne peux pas vous le dire maintenant.

LE PRÉSIDENT

Appelez le premier témoin.

L’'HUISSIER

L'agent Tribadel.

Tribadel entre.

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