SCENE X. — Les Comédiens
Nous avons retrouvé dans les papiers de \'ictor Hugo, au dos d'une lettre adressée à M"" Victor Hugo et datée 6 mars 1828, la chanson complète du Gracieux; elle comprend sept couplets. Les deux premiers figurent dans le manuscrit, le second est biffé. Nous donnons la chanson entière, moins le premier couplet publié :
Qu'un frater, cuistre nomade.
Lave, enfariné et pommade Des cheveux, que des pelés A des tondus ont volés; Qu'ils les peigne, les éduque.
Leur donne un air d'apparat.
Cela fait une perruque.
C'est-à-dire, un magistrat.
Le gendarme, c'est un mufle Dans une gaine de buffle.
Toujours prêt à chevaucher Et plus poli que l'archer.
Avec nous autres infâmes.
Il jure bien pâque et Dieu; Mais, lorsqu'il parle à des dames Il ne dit que : Ventrebleu !
L'avocat, c'est un déluge De mots tombant sur le juge; C'est un mélange matois De latin et de patois; Thémis rit au nez du maître Qui, frappant sur le bureau.
Rarement lui fait remettre Le gibet dans le fourreau.
Thémis, c'est une statue Qui remplit, demi- vêtue, De ses grands bras étendus La salie des Pas Perdus.
Elle garde un beau silence Pendant qu'on braille au préau; Et sa main tient la balance Dont le juge est le fléau.
La roue est la sccur jumelle De Thémis, douce comme elle;
IMrniM£ItI£ KAIIOXALC.
l62 MARION DE LORxME.
Tenailles et chevalets Sont ses petits les moins laids; Et la torture incommode Au teint jaune et bilieux Est sa cousine à la mode De Bretagne et d'autres lieux.
L'amende, c'est une somme Assez ronde qu'un pauvre homme De ses biens et de son corps Paie en mourant aux recors;
détrousse che2 vingt J'ai volé chez tous les princes; Et n'ai, je t'en avertis.
Point vu d'heureuses provinces
fut pendu Où l'on vous pendit gratis.
Cette chanson complète n'existait pas dans le manuscrit; on l'y trouvera désormais reliée à la fin.
M. Emile Blémont, dans son Livre d'or Je Viffor Hitgo, donne un extrait d'une autre alternance de la chanson du Gracieux; il tient ces quatre vers de Victor Hugo lui-mcmc; les voici :
Les magistrats sont les marbres Dont les cachots sont construits.
Et les gibets sont les arbres Dont les pendus sont les fruits.
L'extrait de Bradamante imprimé dans le volume n'est pas celui qui figure dans le manuscrit; voici exactement les quatre vers qui devaient être dits par le Taillebras :
« Les sceptres des grands rois viennent du Dieu suprême. « C'est lui qui ceint nos chefs d'un royal diadème, « Qui nous fait quand il veut régner sur l'univers, «Et quand il veut fait choir notre empire à l'envers.»
Même scène : A noter une insulte de plus à Latïcmas :
DIDIER
Tu mens! ce nest qu'un duel. Prends mon sang; en échange, Vil bourreau, ne viens pas me jeter de ta fange!
Le troisième acte a été terminé ic
iSjuin 182p. — • j}^ vers.