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... Il y a d'ailleurs, dans Marion de Lorme comme dans tous les drames en vers de Victor Hugo, une chose qui sauve tout, qui emporte tout, empêche qu'on ne réHéchisse et force l'admiration : la forme. Sur les inexpériences, les défaillances, les lenteurs des trois premiers actes, une poésie sans égale a jeté l'étincellement de son manteau de pourpre et d'or.
La figure du roi emplit le quatrième acte; celle-ci est irréprochable, même si on s'en réfère à l'histoire. C'est bien Louis XIII, un pauvre homme et un triste sire, s'éteignant dans un ennui mortel.
Quant au dernier acte, et surtout à sa dernière partie, la scène du pardon, le départ de Didier et de Saverny pour l'échafaud, ce n'est plus seulement du drame; il y a là en même
temps un élan lyrique, une épique solennité qui bouleversent et transportent. Et si l'on vient à songer que Aiarion de Lorme a été écrit en vingt-quatre jours par Victor Hugo, alors âgé de vingt-sept ans, et que c'était son premier ouvrage dramatique, on ne peut qu'être émerveillé de l'ampleur d'un génie si précoce. Cette prodigieuse adolescence présageait assez la maturité et la vieillesse plus éblouissante encore qui ont rempli tout ce siècle de leur gloire.
En 1907, Marion de Larme ne soulève plus que de rares critiques; elle est consacrée comme une œuvre classique. Le drame prend sa place d'une façon définitive dans le répertoire à côté d'Hernani, de Rtty Blus, des Burgravis , et la critique admire la verve, la fantaisie, l'invention des trois premiers actes, les situations dramatiques, poignantes, pathétiques des deux derniers.
Le Temps.
Adolphe Brisson.
La reprise de Marion de Lorme a été fort brillante; elle sera fructueuse... Cette résurrection arrive à l'heure propice. Le public est tout à fait bien disposé en faveur de Hugo; on ne le boude plus, comme durant les dix années qui suivirent sa mort; on n'éprouve plus le besoin de réagir contre un excès d'idolâtrie. Hugo revêt la majesté, la sérénité classiques.
Mais c'est un jeune classique; il n'a pas eu le temps de se racornir, de se dessécher, de prendre une physionomie morose et scolaire. Malgré qu'il siège dans l'Olympe parmi les dieux, nous le sentons près de nous. Le bruit des tempêtes que soulevèrent ses œuvres n'est pas éteint, et quoique la bataille à' Hernani soii terminée, elle n'est pas cependant aussi lointaine que la bataille du Cid. On n'achète plus guère le Corneille «complet»; Hugo se vend comme du pain; chacun des libraires qui, sous une forme quelconque, rééditent ses quatre-vingts ou cent volumes, en tire d'immenses profits. Le grand écrivain est donc en pleine vogue, en pleine ascension. Une ferveur universelle l'entoure; et ce n'est pas une admiration rassise, consacrée par les siècles.
REVUE DE LA CRITIQUE
un peu usée, c'est une admiration encore neuve, où il entre une part d'enthousiasme, d'étonnement. On n'a pas fini de découvrir les beautés de Victor Hugo; on est stupéfait de la variété, de l'ampleur de son génie.
. . . Mario/i nous transporte non point à l'année 1638, sous Richelieu, mais à l'année 1829, sous Charles X. Et c'est une jouissance rare, d'un ordre très délicat, d'y contempler, dans un éblouissement de teu d'artifice, l'imagination, la pensée, la sensibilité romantiques.
Tout s'y trouve. Didier incarne un des aspects de la génération d'alors, l'aspect ténébreux, fatal et meurtri. Les jeunes hommes, de 1816 à 1830, ou bien subissaient avec une stoïque résignation les coups du sort, ou bien s'insurgeaient contre eux avec violence. Ils étaient ou passifs — c'est le cas de Didier — ou révoltés — c'est le cas d'Antony. Ils mouraient dans l'accablement ou dans la fureur, dans l'exaltation mystique ou dans le blasphème, mais non sans prononcer de vastes discours. . . Didier est bien de son temps. . . Oh! oui... Quel frémissement dans le parterre, quand, sous les traits de l'acteur Bocage, il exhalait sa désespérance! Il ne peut plus gu'ere nous inspirer qu'une émotion littéraire et rétrospective. Elle n'est pas exempte de charme. Nous prenons plaisir également à recueillir, dans le dialogue, un écho des luttes que soutenait \'ictor Hugo, chef d'école, émancipateur de la langue, artiste indépendant. L'allusion v abonde.
Sur le dernier acte Adolphe Brisson s'exprime ainsi :
La douleur de Marion pleurant sur son amant et sur elle-même, la pitié qu'il lui accorde avant de mourir, ce duo égale en pathétique les plus sublimes scènes de Poljeiicte. On n'y sent plus, comme ailleurs, les jeux d'une trop habile rhétorique. Marion est sincère, elle verse de vraies larmes. Quel crime a-t-elle commis ? Ce crime, que Didier lui pardonne, c'est, pour le sauver, de s'être livrée à Laffemas. Or, elle a conscience de sa dégradation, contrairement à l'avis émis par George Sand dans un débat célèbre. La pudeur s'est éveillée en elle, en même temps que l'amour. Elle était réhabilitée, elle retombe : elle sent l'horreur de sa chute nouvelle. Elle n'aimait qu'un homme au monde, elle lui a immolé sa vertu, sa chasteté reconquises, et cela vainement.
sans obtenir qu'il veuille accepter ce sacrifice. La situation est admirable. N importe quel auditoire, en n'importe quel temps et quel pays, en sera touché.