‹ ThéâtreChapitre 134 sur 314 · L.-" Journal des Dsbats · texte numérisé non relu

L.-" Journal des Dsbats

Emile Faguet.

C'est varié, c'est rapide, c'est fantasque, c'est plein d'imagination jeune , c'est éloquent de la façon la plus vulgaire et aussi de la façon la plus haute; c'est lyrique tantôt comme la plus banale des romances, tantôt — presque — comme la plus brillante des odes romantiques.

J'ai dit «rapide» tout à l'heure. Je m'explique et j'atténue un peu. En général ce qu'on admire le plus dans Mario» j ce sont les deux derniers actes. Tout en y reconnaissant du mérite, je les trouve, au thé.itre, un peu lents et longs; et ce sont plutôt les trois premiers que je trouve enlevés avec verve et avec entrain.

Le Figa

Emmanuel Aren'e.

Nous voici maintenant, comme dirait le père Dumas, autre romantique, à vingt ans après, et il me semble bien que, cette fois, c'est l'apothéose. La Comédie-Française avait fait, de cette reprise qui ne sera certainement pas la dernière, une sorte de pieux hommage à la mémoire de l'illustre poète, et elle va y trouver l'occasion du plus grand et du plus fructueux succès. L'œuvre, qui a fortement captivé les spectateurs pourtant sceptiques de la répétition générale et de la première, portera plus encore sur le grand public. Elle est, d'un bout à l'autre, intéressante : il y passe un souffle de grâce, de fraîcheur, d'amour, d'émotion qui emplit ces cinq actes, si pittoresques et si variés, d'une atmosphère chevaleresque et galante. Le drame est intimement mêlé à la comédie , ce qui est la vie même , où le rire est toujours si près des larmes. Les personnages, si joliment décrits et si bien rendus, vous séduisent sans effort; on se prend tout de suite de tendresse pour cette exquise Marion, sœur aînée de la Dame aux camélias, à qui nous pardonnons tous bien avant que Didier lui ait pardonné; pour Didier lui-

même, si farouchement et ingénument amoureux, cœur gentiment enfantin dans la plus rude et la plus virile enveloppe, et pour ce Gaspard de Saverny, un ancêtre de Cyrano, personnage vraiment délicieux d'élégante crAnerie et de juvénile insouciance, type accompli du gentilhomme, adorable français des pieds à la tête , — de cette tête qu'il incline sur réchafaud avec la même grJce qu'il la poserait sur les genoux d'une femme.

... Qui pourrait se douter aujourd'hui, en écoutant les magnifiques tirades du poète, que cette langue si pure, si claire, si vigoureuse a été jadis considérée comme barbare, et qu'on affectait même de ne pas la comprendre ? Elle est, maintenant, universellement admirée, et souvent même trop imitée. Elle est restée, depuis près d'un siècle, le modèle d'où sont sorties bien des copies, et Victor Hugo a maintenant sa place, et non des moins belles, parmi les grands classiques. En jouant son thé.ître, tout son the.ître, la Comédie-Française ne fait donc que son devoir strict; elle reste simplement fidèle à sa mission.

... En attendant, Ai(jr/o« a triomphé. Cette septuagénaire défie gaillardement les œuvres les plus nouvelles : cette délicieuse aïeule est plus jeune que ses petits-enfants. Il serait irrespectueux pour le lecteur d'esquisser ici, si peu de pédantisme que je voulusse y mettre, l'ombre même d'une analyse. Je n'oublie pas qu'il s'agit d'un sujet que chacun connaît et d'une pièce que tout le monde ira voir ou revoir. Je n'ai donc rien à faire qu'à donner le magnifique bulletin de la soirée. Tout de suite, l'auditoire a été conquis, et le succès est allé croissant jusqu'aux points culminants de la pièce, jusqu'à ce quatrième acte, très beau, mais qui a cependant le tort de nous rappeler trop fidèlement le Roi s'amiue et de nous donner un marquis de Nangis dont la parenté avec le duc de Saint-Vallier est Hagrante; jusqu'au cinquième acte, jusqu'au dénouement, d'une si dramatique simplicité, d'une si pénétrante mélancolie, dans la sévérité du décor funèbre, avec la douloureuse image de la mort que cette tète folle de Saverny nous rend presque souriante. A lui seul l'admirable trio final, si merveilleusement exprimé, on pourrait presque dire chanté — tant les vers sont, ici, une musique, — par M"" Bartet, MM. Le Bargy et Albert Lam-

bert fils, suffirait à décider du succès d'une soirée.

L'Écho de Paris.

François de Nion.

Dois-je l'avouer? ce qui me séduit le plus dans l'œuvre que la Comédie-Française vient de remettre à la scène avec beaucoup de soin et d'éclat, ce ne sont ni les tirades de Didier, ce grandiloquent bavard, ni la passion , parfois bien artificielle, de sa m.Vitresse. Mais quelle divination de l'époque dans les détails! Quels admirables portraits tracés! Quelle verve joyeuse ou sombre! Quelle richesse d'invention! Quels vers d'une souplesse, d'une vigueur, d'une légèreté à nulles autres pareilles! Aucune trace de prétention, de préciosité, de recherche du rare et du raffiné dans cette libre expansion d'un cœur et d'un talent! Je ne voudrais décourager personne, mais j'admire — malgré l'incontestable et inconcevable succès du théitre en vers à notre époque — comme il peut se trouver des audacieux qui osent encore assembler des rimes tragiques!

Nous terminons cette revue en donnant des extraits du brillant article que Catulle Mendès a publié dans le Journal.

Que cela est beau! que cela est pur! et tendre! et si doucement sublime! Tout ce soir, nous avons été la proie extasiée du génie; et les larmes d'attendrissement étaient aussi des pleurs d'admiration et de joie.

. . . Nous sommes en face d'une manifestation de la grandeur humaine, et cette manifestation est d'autant plus admirable qu'elle est faite de charme et de miséricorde. Oui, la pitié, qui devint l'épouse du génie de Victor Hugo, l'auguste pitié, était déjà sa fiancée quand il écrivit Marion de Lorme. Voici un jeune homme beau, fou, ardent, qui s'est marié vierge à une jeune fille adorée! et à quoi pense son premier drame ? à demander gr.\ce pour la courtisane qui se régénéra dansl'amour. Ne vovez-vous pas tout ce que la demande du pardon pour la pécheresse, gagne de beauté dans le fait qu'il est sollicité par le très pur mari de celle qui n'a jamais eu besoin de pardon ? Et Victor Hugo, par un prodige sans

REVUE DE LA CRITIQUE

exemple, par une possession actuelle de tout son soi-même futur — Miim siiiim ejie simul babeiiSj selon le mot de saint Thomas — contenait déjà le créateur des Aiisériihles. Marion de Lorme prédit, réalise déjà Fantine. D'ailleurs, c'est d'elle que sont issues — de la Dame aux camélias au Rjiifiean — pour l'honneur de notre théâtre, toutes les amoureuses tombées en courtisanes, relevées en repenties; et il nous est impossible d'être ému par le souvenir évangélique de la Madeleine parfumant ses parfums aux pieds de Jésus, sans que s'érige en nous, comme une imageécho, non moins sacrée, Marion, rachetée de Laffemas, par le baiser, près de l'échafaud, de Didier! Mais à quoi bon dire — dire si mal — mon enthousiasme pour l'un des plus par-

faits chefs-d'œuvre de celui à qui la France doit la souveraineté universelle, sur toutes les races, de son génie.

... Et Àiarion de Larme a été «la première rencontre» de Victor Hugo avec la Pitié. — J'ai dit notre joie d'avoir revu, sur la scène, ce délicat, souriant, aimable , héroïque, pathétique chef-d'œuvre. Remarquez qu'il nous enchante plus que jamais. Certains détails de verbe ou de facture technique qui, aux reprises déjà anciennes, avaient paru quelque peu démodés, ne le sont plus du tout; ils ont cessé de sembler surannés, parce qu'ils sont devenus classiques; et quand Victor Hugo intercale parmi les siens des vers de Corneille, pas de différence. C'est ainsi t^u'Hemaiii est devenu le frère du Ciii.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Marion de Lorme. — Drame, par Victor Hugo. Paris, Eugène Renducl, libraire-éditeur, rue des Grands-Augustins, n" 22 (imprimerie Everat), 1831. Edition originale in-8°, publiée à 6 francs.

Marion de Larme. — Œuvres de Victor Hugo, Drame IV. Eugène Renduel, 1836, in-8". Deux dessins hors texte par Louis Boulanger. Prix : 6 francs.

Alarion de Lorme. . . — Théâtre de Victor Hugo, de l'Académie française, première série. Paris, Charpentier, rue de Seine, n" 29 (imprimerie Béthune et Pion), 1841, in-18. Édition collective réimprimée en 1844; prix : 3 fr. 50.

Alarion de Lorme.. . — Paris, Furne et C'% rue Saint-André-des-Arts, n° 55 (imprimerie Béthune et Pion), 1841, in-8°. Édition collective, parue en livraisons à jo centimes, et ornée des dessins de l'édition Renduel,

Alarion de Lorme. — Paris, Michel Lévv, 1845. Edition grand in-8" à deux colonnes; prix : I franc.

Mario» de Lorme... — Théâtre complet de Victor Hugo. Paris, chez l'éditeur du répertoire dramatique, boulevard du Temple, n° 34, et chez Tresse, Palais-Royal (imprimerie Pion frères), 1846. Édition grand in-8'', ornée de gravures sur acier.

Alarion de Lorme... — Théâtre de Victor Hugo, de l'Académie française. Paris, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, rue Vivienne, n° 2 his, 1850. Nouvelle édition grand in-8°, réimpression de l'édition précédente.

Alarion de Lorme... — Œuvres illustrées de Victor Hugo, édition J. Hetzel, Paris, Marescq et C", rue du Pont-de-Lodi, n° 5, et Blanchard, rue Richelieu, n° 78 (imprimerie Simon Raçon et C"), 1853, grand in-S" à deux colonnes.

Marioa de Larme. — Théâtre de Victor Hugo. Paris, édition J. Hetzel (s, d.), réimpression de la précédente.

Alarion de Lorme. . . — Théâtre I. Collection Hetzel, Lecou éditeur, Paris, rue du Bouloi, n" 10 (imprimerie Simon Raçon), 1853-1855. Édition collective in-i6; prix: 3 fr. jo.

Marhn de Lorme... — Collection Hetzcl, Paris, librairie Hachette et C", rue Pierre-Sarrazin, n° 14 (imprimerie Simon Raçon), i8;6- 1857. Édition collective in-i6; prix : i franc.

Mario» de Lorme... ■ — Œuvres de Victor Hugo, drame II. Alexandre Houssiaux, libraire-éditeur, rue du Jardinet-Saint-AnJrédes-Arts, n° 3 (imprimerie Simon Raçon et C'°), 1857. Edition in-S", ornée de vignettes; prix : 5 francs.

Mario» de Lorme... — Théâtre II. Paris, Hachette et C", rue Pierre-Sarrazin , n° 14 (imprimerie Ch. Lahure), 1862-1863. Edition collective in-i6; prix : 3 fr. 50.

Manon de Lorme. — Nouvelle édition.

Paris, Michel Lévy frères, éditeurs, rue Auber, n° 3, et boulevard des Italiens, n° 15, k la Librairie nouvelle (imprimerie J. Claye), 1873, in-8°. Frontispice Je Léopold Flameng; prix : 4 fr.

Manon de Lorme. — Nouvelle édition. Paris, Michel Lévy frères, éditeurs, rue Auber, n° 3, et boulevard des Italiens, n° 15, à la Librairie nouvelle (imprimerie J. Claye), 1873, in-i8; prix : 2 francs.

Mario» de Lorme... — Œuvres de Victor Hugo, théâtre II. Paris, A. Lemerre, passage Choiseul , 1876, petit in-i2;prix: 6 francs.

Marion de Lorme... — Œuvres complètes

de Victor Hugo, drame II. Édition définitive. Paris, J. Hetzcl et C", rue Jacob, n" 18, A. Quantin et C'°, rue Saint-Benoît, n" 7, 1880, in-8°; prix : 7 fr. 50.

Mario» de Lorme. .. — Victor Hugo illustré, théâtre I. Paris, E. Hugues, rue Thérèse, n° 8 (imprimerie P. Mouillot), 1882-1883, grand in-8°, paru d'abord en sept livraisons à 10 centimes. Le volume : 6 francs.

Alario» de Lorme. . . — Œuvres complètes de Victor Hugo , drame II. Édition nationale , Paris, Emile Testard et C'°, éditeurs, rue de Condé, n° 10 (typographie G. Chamerot), illustrations de Maurice Leloir, 1887, petit in-4"; prix : 30 francs.

Marion de Lorme. — Petite édition définitive , in-16 (s. d.), Hetzel-Quantin ; prix : 2 franc*.

Marion de Lorme. — Édition à 25 centimes le volume, 2 volumes in-32, Jules Routf et C", rue du Cloltre-Saint-Honoré, Paris (s. d.).

Marion de Lorme. — Collection des morceaux choisis de Victor Hugo; Paris, Société d'éditions littéraires et artistiques, librairie Paul OllendorfF, Chaussée d'Antin, n" 50, 1907, petit in-16; prix : i fr. 25.

Mario» de Lorme. — Théâtre II, édition de l'Imprimerie nationale, Paris, Paul Ollendorff. Chaussée d'Antin, n° 50, 1908, grand in-8°, publié à 10 francs.

NOTICE ICONOGRAPHICiyE.

Aladame Dorfal, rôle de Marion de Lorme (acte III), costume espagnol, dessin de Devéria, lithographie Lemercicr, 1831.

Madame Dorval, costumes de Mario» de Lorme (actes I et II), n° 1183 de la collection Martinet. — Chez Hautecœur-Martinet, éditeurs, rue du Coq, n° 15, Paris.

Didier et Alarion (actel), dessin de A.Johannot, gravé par Guérin. — L'Arllîe, 1831.

Le rende'x-i'om (acte I), dessin de A. Johannot, lithographie de Delaunois. — L'Artiffe,

Ob', lions ne sare-ypM, Je -vous aime ardemment ! (acte I). — Et cet autre à l'ail terne? (acte II). — Alarion disant Cbimène (acte III). — Prene^ garde qu'un jour je ne ■veuille plus, moi! (acte IV). — Marion aux pieds du roi (acte IV). — L'Angely et le roi (acte IV). ... Le roi ne met p.ts ses mains là (acte IV).

NOTICE ICONOGRAPHIQUE

— Manon implorant le cardinal (acte V). — Huit dessins de Louis Boulanger, gravés à l'eau-fortc par Branche. — Lf Musée théâtral,

L^( litière du Cardinal, peinture de Louis Boulanger. Maison de Victor Hugo.

Lf duel (acte II). — \oila l'homme ronge qui paJie{2LCX.tW). — Deux dessin.s de Louis Boulanger, gravés sur acier par W. et E. Finden.

— Edition Renducl, 1836.

Scènes de Marion de Lorme, dessins de Foulquier, gravés sur bois. — J. Hetzel, Marescq

et C'° et Blanchard, 18?

Ciriq scènes de Marion de Lorme, dessins de E. Morin, gravés par Daudenarde. — Monde illuSlré, 11 février 1873.

Marion accourant au bruit des e'pe'es (acte II), dessin de A. Ferdinandus. — • UUnivers illultré, 22 février 1873.

Savenij. — Didier desarme' (acte II). — Nangii. — Le Gracieux. — L'^Angelj. — Marion aux pieds du roi (acte IV). — Six compositions dessinées «gravées à l'eau-forte par Frédéric Régamey. — • Paris à l'eau-forte, n° 2, 6 avril 1873.

Le pardon (acte V), eau-forte de L. Flameng. — Edition Michel Lévy, 1873.

Je l'aime! (acte I), dessin de E. de Liphart, photogravure de Goupil. — Le livre d'or de VieforHugo, 1882.

Programme illustré de Marion de Lorme, dessins de G. Fraipont et Just-Simon. — Société de l'Édition nationale, décembre 1885.

Na

et Ma

iidant

iangts et Manon ctemanaant grâce au roi ( acte IV), dessin d'Adrien Marie. — L? Monde illustre', 9 janvier 1886.

Che^le marquis de Nangis (acte IK), décor de Le Meunier, dessin de Robaudi. — Paris- ArtiSfe, janvier 1886.

Le rendez-vous, dessin de François Flameng, gravé à l'eau-forte par Léopold Flameng. — Edition Hébert, 1886.

Ah', monsieur, -vous me perdeil (acte I), Mario» demandant au roi la grâce de Didier (acte IV), dessins de Maurice Leloir, gravés à l'eau-forte par Lalauze et Mongin. — Edition nationale, Testard, 1887.

Portrait de Marion de Lorme, dessin de Du Gour d'après Champaigne, gravé par Le Bert. Portrait de l-^iHor Hugo, par Devéria. Miniatures exécutées par M"" Dcbillemont-Chardon pour M"° Bartet, 1907.

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