‹ ThéâtreChapitre 153 sur 314 · ACTE I. — M. DE SAINT-VALLIER · texte numérisé non relu

ACTE I. — M. DE SAINT-VALLIER

Ventru comme monsieur.

Il montre M. de Coss^, qui se cabre.

Bossu comme moi-même.

Qui verrait votre fille à son côté, rirait. Si le roi n'y mettait bon ordre, il vous ferait Des petits-fils tortus, des petits-fils horribles. Roux, brèche-dents, manques, effroyables, risibles, Ventrus comme monsieur,

Montrant encore M. de Cossé, qu'il salue et qui s'indigne.

Et bossus comme moi !

Votre gendre est trop laid! — Laisse? faire le roi. Et vous aurez un jour des petits-fils ingambes Pour vous tirer la barbe et vous grimper aux jambes.

Les courtisans applaudissent Triboulet avec des huées et des éclats de rire. M. DE SAINT-VALLIER, sans regarder le bouffon.

Une insulte de plus! — Vous, sire, écoutez-moi,

Comme vous le devez, puisque vous êtes roi!

Vous m'avez fait un jour mener pieds nus en Grève;

Là, vous m'avez fait grâce, ainsi que dans un rêve,

Et je vous ai béni, ne sachant en effet

Ce qu'un roi cache au fond d'une grâce qu'il fait.

Or, vous aviez caché ma honte dans la mienne. —

Oui, sire, sans respect pour une race ancienne.

Pour le sang de Poitiers, noble depuis mille ans,

Tandis que, revenant de la Grève à pas lents.

Je priais dans mon cœur le dieu de la victoire

Qu'il vous donnât mes jours de vie en jours de gloire.

Vous, François de Valois, le soir du même jour.

Sans crainte, sans pitié, sans pudeur, sans amour,

Dans votre lit, tombeau de la vertu des femmes.

Vous avez froidement, sous vos baisers infâmes.

Terni, flétri, souillé, déshonoré, brisé

Diane de Poitiers, comtesse de Brézé!

Quoi! lorsque j'attendais l'arrêt qui me condamne,

Tu courais donc au Louvre, ô ma chaste Diane!

Et lui, ce roi sacré chevalier par Bayard,

Jeune homme auquel il faut des plaisirs de vieillard.

Pour quelques jours de plus dont Dieu seul sait le compte.

Ton père sous ses pieds, te marchandait ta honte,

Et cet affreux tréteau , chose horrible à penser !

Qu'un matin le bourreau vint en Grève dresser.

zSo LE ROI S'AMUSE.

Avant la fin du jour devait être, ô misère!

Ou le lit de la fille, ou l'échafaud du père!

O Dieu! qui nous jugez! qu'avez-vous dit là-haut,

Quand vos regards ont vu, sur ce même échafaud,

Se vautrer, triste et louche, et sanglante, et souillée,

La luxure royale en clémence habillée ?

Sire! en faisant cela, vous avez mal agi.

Que du sang d'un vieillard le pavé fût rougi ,

C'était bien. Ce vieillard, peut-être respectable.

Le méritait, étant de ceux du connétable.

Mais que pour le vieillard vous ayez pris l'enfant.

Que vous ayez broyé sous un pied triomphant

La pauvre femme en pleurs, à s'effrayer trop prompte.

C'est une chose impie, et dont vous rendrez compte!

Vous avez dépassé votre droit d'un grand pas.

Le père était à vous, mais la fille, non pas.

Ah! vous m'avez fait grâce! — Ah! vous nommez la chose

Une grâce! et je suis un ingrat, je suppose!

— Sire, au lieu d'abuser ma fille, bien plutôt Que n'êtes-vous venu vous-même en mon cachot. Je vous aurais crié : — Faites-moi mourir, grâce! Oh! grâce pour ma fille, et grâce pour ma race! Oh! faites-moi mourir! la tombe, et non l'affront! Pas de tête plutôt qu'une souillure au front!

Oh! mon seigneur le roi, puisqu'ainsi l'on vous nomme, Croyez-vous qu'un chrétien, un comte, un gentilhomme. Soit moins décapité, répondez, mon seigneur. Quand au heu de la tête il lui manque l'honneur.?

— J'aurais dit cela, sire, et le soir, dans l'église. Dans mon cercueil sanglant baisant ma barbe grise. Ma Diane au cœur pur, ma fille au front sacré. Honorée, eût prié pour son père honoré !

— Sire, je ne viens pas redemander ma fille. Quand on n'a plus d'honneur, on n'a plus de famille. Qu'elle vous aime ou non d'un amour insensé,

Je n'ai rien à reprendre où la honte a passé.

Gardez-la. — Seulement je me suis mis en tête

De venir vous troubler ainsi dans chaque fête.

Et jusqu'à ce qu'un père, un frère, ou quelque époux,

— La chose arrivera, - — nous ait vengés de vous. Pâle, à tous vos banquets, je reviendrai vous dire :

• — Vous avez mal agi, vous avez mal fait, sire! — Et vous m'écouterez, et votre front terni Ne se relèvera que quand j'aurai fini.

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