ACTE II. — SALTABADIL
L'HOMME, le saluant.
Monsieur me juge mal. Je suis homme d'épée.
TRIBOULET, reculant, à part.
Est-ce un voleur.''
L'HOMME, s'approchant d'un air doucereux.
Monsieur a la mine occupée.
Je vous vois tous les soirs de ce côté rôder. — Vous avez l'air d'avoir une femme à garder!
TRIBOULET, à part.
Diable!
Haut.
Je ne dis pas mes affaires aux autres.
Il veut passer outre. L'homme le retient. L'HOMME.
Mais c'est pour votre bien qu'on se mêle des vôtres. Si vous me connaissiez, vous me traiteriez mieux.
S'approchant.
Peut-être à votre femme un fat fait les doux yeux, Et vous êtes jaloux.''...
TRIBOULET, impatienté.
Que voulez-vous, en somme.''
L'HOMME, avec un sourire aimable, bas et vite.
Pour quelque paraguante on vous tuera votre homme.
TRIBOULET, respirant.
Ah! c'est fort bien!
L'HOMME
Monsieur, vous voyez que je suis Un honnête homme.
TRIBOULET
Peste !
L'HOMME
Et que si je vous suis,
C'est pour de bons desseins.
TRIBOULET
Oui, certc, un homme utile!
L'HOMME, modestement.
Le gardien de l'honneur des dames de la ville.
TRIBOULET
Et combien prenez-vous pour tuer un galant?
L'HOMME
C'est selon le galant qu'on tue, — et le talent Qu'on a.
TRIBOULET
Pour dépêcher un grand seigneur?
L'HOMME
Ah! diantre!
On court plus d'un péril de coups d'épée au ventre. Ces gens-là sont armés. On y risque sa chair. Le grand seigneur est cher.
TRIBOULET
Le grand seigneur est cher!
Est-ce que les bourgeois, par hasard, se permettent De se faire tuer entre eux?
L'HOMME, souri.int.
Mais ils s'y mettent!
— C'est un luxe pourtant. — Luxe, vous comprenez. Qui reste en général parmi les gens bien nés.
11 est quelques faquins qui, pour de grosses sommes. Tiennent à se donner des airs de gentilshommes. Et me font travailler. — Mais ils me font pitié.
— On me donne moitié d'avance, et la moitié Après.
TRIBOULET, hochant la tète.
Oui, vous risquez le gibet, le supplice...
L'HOMME, souriant.
Non, non, nous redevons un droit à la police.