‹ ThéâtreChapitre 163 sur 314 · ACTE TT. — SALTABADIL. 29I · texte numérisé non relu

ACTE TT. — SALTABADIL. 29I

Ne me rappelle pas qu'autrefois j'ai trouvé

— Et, si tu n'étais là, je dirais : j'ai i;êvé, — Une femme, contraire à la plupart des femmes. Qui, dans ce monde où rien n'appareille les âmes. Me voyant seul, infirme, et pauvre, et détesté. M'aima pour ma misère et ma difformité.

Elle est morte, emportant dans la tombe avec elle L'angélique secret de son amour fidèle.

De son amour, passé sur moi comme un éclair, Rayon du paradis tombé dans mon enfer!

Que la terre, toujours à nous recevoir prête, Soit légère à ce sein qui reposa ma tête!

— Toi, seule, m'es restée! —

Levant les yeux au ciel Eh bien! mon Dieu, merci! Il pleure et cache son front dans ses mains.

BLANCHE

Que vous devez souffrir! Vous voir pleurer ainsi. Non, je ne le veux pas, non, cela me déchire!

TRIBOULET, amèrement.

Et que dirais-tu donc si tu me voyais rire!

BLANCHE

Mon père, qu'avez- vous .'^ Dites-moi votre nom. Oh! versez dans mon sein toutes vos peines!

TRIBOULET

Non.

A quoi bon me nommer .-* Je suis ton père. — Ecoute, Hors d'ici, vois-tu bien, peut-être on me redoute. Qui sait ? l'un me méprise et l'autre me maudit. Mon nom, qu'en ferais-tu quand je te l'aurais dit.'' Je veux ici du moins, je veux, en ta présence, Dans ce seul coin du monde où tout soit innocence. N'être pour toi qu'un père, un père vénéré. Quelque chose de saint, d'auguste et de- sacré!

BLANCHE

Mon père!

TRIBOULET, la serrant avec emportement dans ses bras.

Est-il ailleurs un cœur qui me réponde? Oh! je t'aime pour tout ce que je hais au monde!

— Assieds-tc^ près de moi. Viens, parlons de cela. Dis, aimes-tu ton père.? Et, puisque nous voilà Ensemble, et que ta main entre mes mains repose, Qu'est-ce donc qui nous force à parler d'autre chose ? Ma fille, ô seul bonheur que le ciel m'ait permis. D'autres ont des parents, des frères, des amis.

Une femme, un mari, des vassaux, un cortège D'aïeux et d'aUiés, plusieurs enfants, que sais-je.? Moi, je n'ai que toi seule! Un autre est riche. Eh bien, Toi seule es mon trésor et toi seule es mon bien! Un autre croit en Dieu. Je ne crois qu'en ton âme! D'autres ont la jeunesse et l'amour d'une femme, Ils ont l'orgueil, l'éclat, la grâce et la santé. Ils sont beaux; moi, vois-tu, je n'ai que ta beauté! Chère enfant! — Ma cité, mon pays, ma famille. Mon épouse, ma mère, et ma sœur, et ma fille. Mon bonheur, ma richesse, et mon culte, et ma loi. Mon univers, c'est toi, toujours toi, rien que toi! De tout autre côté ma pauvre âme est froissée.

— Oh! si je te perdais!... Non, c'est une pensée Que je ne pourrais pas supporter un moment!

— Souris-moi donc un peu. — Ton sourire est charmant. Oui, c'est toute ta mère! — Elle était aussi belle.

Tu te passes souvent la main au front comme elle. Comme pour l'essuyer, car il faut au cœur pur Un front tout innocence et des cieux tout azur. Tu rayonnes pour moi d'une angélique flamme, A travers ton beau corps mon âme voit ton âme. Même les yeux fermés, c'est égal, je te vois. Le jour me vient de toi. Je me voudrais parfois Aveugle, et l'œil voilé d'obscurité profonde, Afin de n'avoir pas d'autre soleil au monde!

BLANCHE

Oh! que je voudrais bien vous rendre heureux!

TRIBOULET

Qui .'' moi .'' Je suis heureux ici! quand je vous aperçoi.

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