‹ ThéâtreChapitre 183 sur 314 · ACTE III. — LE ROI · texte numérisé non relu

ACTE III. — LE ROI

TRIBOULET, se retournant.

Je ne sais à quoi tient, vicomte d'Aubusson, Que je te brise aux dents ton verre et ta chanson!

A tous.

Qui le croirait.'' des ducs et pairs, des grands d'Espagne, O honte! un Vermandois qui vient de Charlemagne, Un Brion, dont l'aïeul était duc de Milan, Un Gordes-Simiane, un Pienne, un Pardaillan,

— Vous, un A-Iontmorency ! — les plus grands noms qu'on nomme. Avoir été voler sa fille à ce pauvre homme!

— Non, il n'appartient point à ces grandes maisons D'avoir des cœurs si bas sous d'aussi fiers blasons! Non, vous n'en êtes pas! — Au milieu des huées, Vos mères aux laquais se sont prostituées!

Vous êtes tous bâtards!

M. DE GORDES

Ah çà, drôle!

TRIBOULET

Combien Le roi vous donne-t-il pour lui vendre mon bien ? Il a payé le coup, dites! —

S'arrachant les cheveux.

Moi qui n'ai qu'elle!

— Si je voulais, — sans doute, — elle est jeune, elle est belle, — Cette, il me la paierait!

Les regardant tous.

Est-ce que votre roi S'imagine qu'il peut quelque chose pour moi ? Peut-il couvrir mon nom d'un nom comme les vôtres P Peut-il me faire beau, bien fait, pareil aux autres.''

— Enfer ! il m'a tout pris ! — Oh ! que ce tour charmant Est vil, atroce, horrible, et s'est fait lâchement! Scélérats! assassins! vous êtes des infâmes.

Des voleurs, des bandits, des tourmenteurs de femmes! Messeigneurs, il me faut ma fille! il me la faut A la fin! allez-vous me la rendre bientôt.''

— Oh! voyez! — cette main, — main qui n'a rien d'illustre, Main d'un homme du peuple, et d'un serf, et d'un rustre, Cette main qui paraît désarmée aux rieurs,

Et qui n'a pas d'épée, a des ongles, messieurs!

324 LE ROJ S'AMUSE.

— Voici longtemps déjà que j'attends, il me semble! Rendez-la-moi! - — La porte! ouvrez-la!

Il se jette de nouveau en furieux sur la porte, que défendent tous les gentilshommes. Il lutte contre eux quelque temps, et revient enfin tomber sur le devant, brisé, épuisé, haletant, à genoux.

Tous ensemble Contre moi! dix contre un!

Fondant en larmes et en sanglots.

Eh bien! je pleure, oui!

A Marot.

Marot, tu t'es de moi bien assez réjoui.

Si tu gardes une âme, une tête inspirée,

Un cœur d'homme du peuple, encor, sous ta livrée.

Où me l'ont-ils cachée, et qu'en ont-ils fait, dis?

Elle est là, n'est-ce pas? Oh! parmi ces maudits.

Faisons cause commune en frères que nous sommes.

Toi seul as de l'esprit dans tous ces gentilshommes.

Marot! mon bon Marot! — Tu te tais!

Se traînant vers les seigneurs.

Oh! voyez!

Je demande pardon, messeigneurs, sous vos pieds! Je suis malade... Ayez pitié, je vous en prie!

— J'aurais un autre jour mieux pris l'espièglerie. Mais, voyez-vous, souvent j'ai, quand je fais un pas. Bien des maux dans le corps dont je ne parle pas. On a comme cela ses mauvaises journées

Quand on est contrefait. — Depuis bien des années. Je suis votre bouffon! je demande merci! Grâce! ne brisez pas votre hochet ainsi!

— Ce pauvre Triboulet qui vous a tant fait rire! Vraiment, je ne sais plus maintenant que vous dire. Rendez-moi mon enfant, messeigneurs, rendez-moi Ma fille, qu'on me cache en la chambre du roi!

Mon unique trésor! — Mes bons seigneurs, par grâce! Qu'est-ce que vous voulez à présent que je fasse Sans ma fîlle! — Mon sort est déjà si mauvais! C'était la seule chose au monde que j'avais!

Tous gardent le silence. 11 se relève désespéré.

Ah Dieu! vous ne savez que rire ou que vous taire!

C'est donc un grand plaisir de voir un pauvre père

Se meurtrir la poitrine, et s'arracher du front

Des cheveux, que deux nuits pareilles blanchiront!

La porte de la chambre du roi s'ouvre brusquement. Blanche en sort, éperdu:, égarée, en désordre; elle vient tomber dans les br.is de son père avec un cri terrible.

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