ACTE IV. — BLANCHE
SALTABADIL
En somme, J'ai reçu d'un bossu pour tuer un bel homme, Cela m'est fort égal, dix écus tout d'abord. J'en aurai dix de plus en livrant l'homme mort. Livrons. C'est clair.
MAGUELONNE
Tu peux tuer le petit homme Quand il va repasser avec toute la somme. Cela revient au même.
BLANCHE
O mon père!
MAGUELONNE
Est-ce dit?
SALTABADIL, regardant Maguelonne en face.
Hein! pour qui me prends-tu, ma sœur.'' suis-je un bandit.^ Suis-je un voleur.^ Tuer un client qui me paie!
MAGUELONNE, lui montrant un fagot.
Eh bien! mets dans le sac ce fagot de futaie. Dans l'ombre, il le prendra pour son homme.
C'est fort.
Comment veux-tu qu'on prenne un fagot pour un mort ? C'est immobile, sec, tout d'une pièce, roide. Cela n'est pas vivant.
BLANCHE
Que cette pluie est froide!
jrace pour lui
MAGUELONNE
SALTABADIL
Chansons!
MAGUELONNE
Mon bon frère!
SALTABADIL
Plus bas!
Il faut qu'il meure! Allons, tais-toi.
MAGUELONNE, irritée.
Je ne veux pas!
Je l'éveille et le fais évader.
BLANCHE
Bonne fille!
SALTABADIL
Et les dix écus d'or?
C'est
vrai.
SALTABADIL
Là, sois gentille, Laisse-moi faire, enfant!
MAGUELONNE
Non. Je veux le sauver!
Maguclonne se place d'un air déterminé devant l'escalier, pour barrer le passage 'a son frère. Saltabadil, vaincu par sa résistance, revient sur le devant, et paraît chercher dans son esprit un moyen de tout concilier.
SALTABADIL
Voyons. — L'autre à minuit viendra me retrouver. Si d'ici là quelqu'un, un voyageur, n'importe. Vient nous demander gîte et frappe à notre porte, Je le prends, je le tue, et puis, au lieu du tien. Je le mets dans le sac. L'autre n'y verra rien. Il jouira toujours autant dans la nuit close Pourvu qu'il jette à l'eau quelqu'un ou quelque chose. C'est tout ce que je puis faire pour toi.
MAGUELONNE
Merci.
Mais qui diable veux-tu qui passe par ici.-*
SALTABADIL
Seul moyen de sauver ton homme.