LE MÉDECIN
Oh ! le cœur ne bat plus.
TRIBOULET
J'ai tue mon enfant!
UN PASSANT, survenant, à Triboulet.
Monsieur, qu'est-ce que c'est que cette jeune femme?
TRIBOULET, absorbe dans sa douleur.
J'ai tué mon enfant!
UN AUTRE PASSANT, l'accostant.
Cours vite ;i Notre-Dame Y demander asile, avant qu'on t'ait saisi!
TRIBOULET
J'ai tue mon enfant!
Entre un magistrat, accompagné d'estafiers. LE MAGISTR-\T, à Triboulet.
Qu'est-ce que tout ceci.'' Voici des faits qu'il faut que la justice éclaire. Etes-vous du quartier? Je suis juge ordinaire. Je dois verbaliser. Dites auparavant Vos noms et qualités.
TRIBOULET
J'ai tue mon enfant!
Il tombe sur le pave.
La date finale est 2} juin. — 228 vers.
NOTES DE L'EDITEUR
HISTORIQUE DU ROI S'AMUSE
Au printemps de Tannée 1832 , Victor Hugo était impatient de donner après Mario/! Je horiiie, après Her/ia/ii, un nouveau drame. Il en avait le sujet : il en ébauchait déjà les scènes dans sa tête, lorsqu'il fut interrompu dans ses méditations par une grave maladie de son fils Charles, âgé de huit ans. On avait ramené le petit de l'école, tout glacé; le choléra faisait alors de nombreuses victimes à Paris; l'enfant avait contracté le mal , et le père ne pensait plus qu'à son Charles , ne le quittant pas d'un moment, le soignant, suivant avec angoisse les progrès de la terrible maladie, redoutant à chaque minute une catastrophe, bouleversé, affolé, et pendant trois jours livré à toutes les tortures de l'incertitude. Enfin, il vit le petit plus apaisé; c'était la convalescence. 11 respirait. Mais à ce moment même, il souffrait d'une ophtalmie. Ses paupières étaient enflammées à la suite d'un excès de travail. Le médecin lui avait prescrit la campagne et la marche en plein air, et, pour suivre ces conseils, Victor Hugo avait pensé que les Champs-Elysées étaient une campagne très appropriée à ses convenances et aux exigences de sa santé. Il s'était donc installé rue Jean- Goujon , à deux pas des Tuileries : il avait iine prédilection pour la terrasse du bord de l'eau. C'était son jardin.
lierait presque toujours seul, il arpentait la terrasse d'un bout à l'autre ; il y rencontrait peu de promeneurs , il travaillait; il faisait son drame le Roi s'a-
Miise. C'était encore un roi qu'il mettait en scène, mais il espérait bien que François I" ne lui réserverait pas auprès de Louis-Philippe d'aussi désagréables surprises que Louis XIII auprès de Charles X. On avait fait la révolution au nom de la liberté, il y avait peut-être des chances pour que la liberté eiit un meilleur sort, et pour que les auteurs eussent une petite part de cette liberté. 11 se livrait à un double travail préparatoire. Il lisait des livres pour se documenter, et prenait en même temps des notes.
11 avait écrit, sur quatre grandes feuilles de papier le titre de ses actes. Ce n'était là qu'un projet ou une indication.