‹ ThéâtreChapitre 228 sur 314 · LES BOHÉMIENS · texte numérisé non relu

LES BOHÉMIENS

Et sur chaque feuillet il avait griffonné quelques vers ou fragments de vers, ou des phrases, le tout biffé.

Il avait fait des recherches assez nombreuses au sujet de Triboulet : la note suivante l'indique , nous la reproduisons avec ses abréviations.

Trib.O — fou de L. XII et de F' I", né à Blois (voir VHiiioire de Blois, par Bernier,

''1 Triboulet.

preuves, page 39). Tout à fait difforme et impuissant (v. Marot, Siègf de Pesqiiaire), idiot, disait-on, meurt en 1556.

En effet, le médecin Jean Bernier avait public une Histoire deBlois très complète; et il avait donné de nombreux renseignements sur Feurial qui était né aux environs de Blois et devint Triboulet sous Louis XII.

Le poète Jean Marot , le père de Clément Marot, raconta l'odyssée de Triboulet lorsque celui-ci accompagna le roi dans son expédition contre les Vénitiens en 1509; à cette époque Jean Marot, qui devint plus tard valet de chambre de François I", était historiographe de la cour et dépeignait les terreurs de Triboulet au siège de Peschiera; le pauvre fou, affolé par le bombardement, se cachait sous son lit :

Triboulet fol du roi oyant le bruyt, l'horreur, Couroit parmy la chambre, eut si grande frayeur Que soubz ung lict de camp de peur s'est retire. Et croy qu'encor y fuît qui ne l'en cust tiré.

Jean Marot avait tracé du bouffon le portrait suivant :

Triboulet fut ung fol , de la teste écorné , Aussi saige à trente ans que le jour qui fut né. Petit front et gros yeuli, nez grand et taille à vostc, Estommac plat et long, hault dos à porter hôte. Chacun contrefaisoit, chanta, dança, prescha. Et de tout si plaisant qu'onc homme ne fascha.

Victor Hugo donne, comme on l'a vu dans sa note, cette indication : «V. Marot, Sitge di Vesquairei) . Il savait donc bien qu'il s'agissait de Jean Marot; il avait fait de Peschiera Pesquaire et finalement Peschière, car dans la scène 111 de l'acte il fait dire par M. de Piennc à Marot :

J'ai lu dans votre écrit du siège de Peschière Ces vers sur Triboulet : « Fou de tcte écorné , Aussi sage à trente ans que le jour qu'il est né.»

II attribue volontairement à Clément Marot ces vers de Jean Marot ; Clément en effet jouait un rôle dans le drame à cause de sa célébrité ; il avait d'ailleurs

remplacé son père dans ses fonctions de valet de chambre auprès de François I". ^^ictor Hugo semble avoir poussé encore plus loin ses recherches, car au-dessous des quelques notes prises sur Triboulet, nous lisons ces deux lignes :

Brusquet (provençal) lui succède. (Voir Brantôme, Vie du m°' Stro^.) Malin, méchant, spirituel.

Brusquet avait en effet succédé à Triboulet comme fou du roi François I". Il avait conservé cet emploi sous les trois règnes suivants, et, selon Brantôme, le maréchal Strozzi joua quelques tours d'un goût assez douteux au pauvre bouffon de cour.

Victor Hugo se passionna toujours pour l'étude des bouffons, ainsi qu'en témoigne la note suivante :

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