‹ ThéâtreChapitre 277 sur 314 · ACTE II. — LE COUPLE · texte numérisé non relu

ACTE II. — LE COUPLE

tête. Après tout, que vous disiez vrai ou non, ma vie ne vaut pas la peine d'être tant disputée. Donnez.

II prend la fiole et boit.

DONA LUCREZIA

Sauvé! — Maintenant il faut repartir pour Venise de toute la vitesse de ton cheval. Tu as de l'argent.''

GENNARO

J'en ai.

DONA LUCREZIA

Le duc te croit mort. Il sera aisé de lui cacher ta fuite. Attends! Garde cette fiole et porte-la toujours sur toi. Dans des temps comme ceux où nous vivons, le poison est de tous les repas. Toi surtout, tu es exposé. Maintenant pars vite.

Lui montrant la porte masquée qu'elle entr'ouvre.

— Descends par cet escalier. 11 donne dans une des cours du palais Negroni. Il te sera aisé de t'évader par là. N'attends pas jusqu'à demain matin, n'attends pas jusqu'au coucher du soleil, n'attends pas une heure, n'attends pas une demi-heure! Quitte Ferrare sur-le-champ, quitte Ferrare comme si c'était Sodome qui brûle, et ne regarde pas derrière toi! Adieu! — Attends encore un instant. J'ai un dernier mot à te dire, mon Gennaro!

GENNARO

Parlez, madame.

DONA LUCREZIA

Je te dis adieu en ce moment, Gennaro, pour ne plus te revoir jamais. Il ne faut plus songer maintenant à te rencontrer quelquefois sur mon chemin. C'était le seul bonheur que j'eusse au monde. Mais ce serait risquer ta tête. Nous voilà donc pour toujours séparés dans cette vie; hélas! je ne suis que trop sûre que nous serons séparés aussi dans l'autre. Gennaro! est-ce que tu ne me diras pas quelque douce parole avant de me quitter ainsi pour l'éternité.^...

GENNARO, baissant les yeux.

Madame. . .

DONA LUCREZIA

Je viens de te sauver la vie, enfin!.

GENNARO

Vous me le dites. Tout ceci est plein de ténèbres. Je ne sais que penser. Tenez, madame, je puis tout vous pardonner, une chose exceptée.

DONA LUCREZIA

Laquelle ?

GENNARO

Jurez-moi par tout ce qui vous est ciier, par ma propre tête puisque vous m'aimez, par le salut éternel de mon âme, jurez-moi que vos crimes ne sont pour rien dans les malheurs de ma mère.

• DONA LUCREZIA

Toutes les paroles sont sérieuses avec vous, Gennaro. Je ne puis vous jurer cela.

GENNARO

O ma mère! ma mère! la voilà donc l'épouvantable femme qui a fait ton malheur!

DONA LUCREZIA

Gennaro!

GENNARO

Vous l'avez avoué, madame! Adieu! Soyez maudite!

Et toi, Gennaro, sois béni!

Il sort. — Elle tombe évanouie sur le lauteuii.

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