‹ ThéâtreChapitre 284 sur 314 · ACTE III. — IVRES MORTS · texte numérisé non relu

ACTE III. — IVRES MORTS

LA NEGRONI

Vous avez toujours l'amour à la bouche.

MAFFIO

Et vous dans les yeux.

LA NEGRONL

Etes-vous singulier!

MAFFIO

Etes-vous belle!

Il lui prend la taille.

LA NEGRONI

Monsieur le comte Orsini, laissez-moi!

MAFFIO

Un baiser sur votre main.''

LA NEGRONI

Non!

GUBETTA, abordant Maffio.

Vos affaires sont en bon train près de la princesse.

Elle me dit toujours non.

GUBETTA

Dans la bouche d'une femme Non n'est que le frère aîné de Oui. JEPPO, survenant, à Maffio.

Comment trouves-tu madame la princesse Negroni ?

MAFFIO

Adorable. Entre nous, elle commence à m'égratigner furieusement le cœur.

JEPPO.

Et son souper.''

MAFFIO

Une orgie parfaite.

JEPPO.

La princesse est veuve.

MAFFIO

On le voit bien à sa gaîté !

jio LUCRÈCE BORGIA.

JEPPO.

J'espère que tu ne te défies plus de son souper?

MAFFIO

Moi! Comment donc! J'étais fou.

JEPPO, à Gubetta.

Monsieur de Belverana, vous ne croiriez pas que Maffio avait peur de venir souper chez la princesse?

GUBETTA

Peur? — Pourquoi?

JEPPO.

Parce que le palais Negroni touche au palais Borgia.

GUBETTA

Au diable les Borgia! — et buvons!

JEPPO, bas à Maffio.

Ce que j'aime dans ce Belverana, c'est qu'il n'aime pas les Borgia.

MAFFIO, bas.

En effet, il ne manque jamais une occasion de les envoyer au diable avec une grâce toute particulière. Cependant, mon cher Jeppo...

JEPPO.

Eh bien ?

MAFFIO

Je l'observe depuis le commencement du souper, ce prétendu espagnol. Il n'a encore bu que de l'eau.

JEPPO.

Voilà tes soupçons qui te reprennent, mon bon ami Maffio. Tu as le vin étrangement monotone.

MAFFIO

Peut-être as-tu raison. Je suis fou.

GUBETTA, revenant et regardant Maffio Je la tète aux pieds.

Savez-vous, monsieur Maffio, que vous êtes taillé pour vivre quatrevingt-dix ans, et que vous ressemblez à un mien grand-père, qui a vécu

Page 1