‹ ThéâtreChapitre 286 sur 314 · ACTE III. — IVRES MORTS · texte numérisé non relu

ACTE III. — IVRES MORTS

OLOFERNO, se jetant sur un couteau.

Pardieu! j'éventrerai ce faquin, fût-il plus gentilhomme que l'empereur!

LES FEMMES, se levant de table.

Ciel! ils vont se battre!

LES HOMMES

Tout beau, Oloferno!

Ils désarment Oloferno qui veut se jeter sur Gubetta. Pendant ce temps-là, les femmes disparaissent par la porte latérale.

OLOFERNO, se débattant.

Corps-dieu !

Vous rimez si richement en Dieu, mon cher poëte, que vous avez mis ces dames en fuite. Vous êtes un fier maladroit.

JEPPO.

C'est vrai, cela. Que diable sont-elles devenues.''

MAFFIO

Elles ont eu peur. Couteau qui luit, femme qui fuit.

ASCANIO

Bah! elles vont revenir.

OLOFERNO, menaçant Gubetta.

Je te retrouverai demain, mon petit Belverana du démon!

GUBETTA

Demain, tant qu'il vous plaira!

Oloferno va se rasseoir en chancelant avec dépit. Gubetta éclate de rire.

— Cet imbécile! Mettre en déroute les plus jolies femmes de Ferrare avec un couteau emmanché dans un sonnet! Se fâcher à propos de vers! Je le crois bien qu'il a des ailes. Ce n'est pas un homme, c'est un oison. Cela perche, cela doit dormir sur une patte, cet Oloferno-là!

JEPPO.

Là, là, faites la p.aix, messieurs. Vous vous couperez galamment la gorge demain matin. Par Jupiter, vous vous battrez du moins en gentilshommes, avec des épées, et non avec des couteaux.

ASCANIO

A propos, au f;iit, qu'avons-nous donc fait de nos épées?

DON APOSTOLO

Vous oubliez qu'on nous les a fait quitter dans l'antichambre.

Et la précaution était bonne, car autrement nous nous serions battus devant les damesj ce dont rougiraient des flamands de Flandre ivres de tabac!

GENNARO

Bonne précaution, en eflFet!

MAFHO.

Pardieu, mon frère Gennaro! voilà la première parole que tu dis depuis le commencement du souper, et tu ne bois pas! Est-ce que tu songes à Lucrèce Borgia? Gennaro! tu as décidément quelque amourette avec elle! Ne dis pas non.

GENNARO

Verse-moi à boire, Maffio! Je n'abandonne pas plus mes amis à table qu'au feu.

UN PAGE NOIR, deux flacons à la main.

Messeigneurs, du vin de Chypre ou du vin de Syracuse?

MAFFIO

Du vin de Syracuse. C'est le meilleur.

Le page noir remplit tous les verres.

JEPPO.

La peste soit d'Oloferno! Est-ce que ces dames ne vont p.as revenir.''

Il va successivement aux deux portes.

— Les portes sont fermées en dehors, messieurs!

MAFFIO

N'allez-vous pas avoir peur à votre tour, Jeppo ! Elles ne veulent pas que nous les poursuivions. C'est tout simple.

Buvons, messeigneurs.

Ils choquent leurs verres.

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