‹ ThéâtreChapitre 309 sur 314 · ACTEURS · texte numérisé non relu

ACTEURS

George.

Marie Laurent.

Favart.

Ddafosse.

Lockrov.

MM

Mclingue.

MM

Dumaine.

Frederick Lemaitre.

Taillade.

Volny.

Provost.

Brésil.

Clémcnt-Just.

Chéri.

Ch. Lemait.-e.

Rosambcau.

Monval.

Fournicr.

Monval.

Paul Clèves.

Marcel Robert

Tournan.

Lcnibar.

Vcmon.

Auguste.

Jouanni.

Trousseau.

Serres.

Latouclic.

Guimicr.

Vissot.

Scipion.

.Tourdain.

Juliette.

Bonheur.

Nancy Martel.

RE^'UE DE LA CRITIQUE

La critique accueillit chaleureusement Lucrèce Borgia en 1833; elle montra plus d'enthousiasme encore lors des reprises de 1870 et de 1881.

Un fait la frappa tout d'abord. Victor Hugo avait mis à la scène une des plus belles passions du cœur humain, l'amour maternel, il avait réussi à la pre'senter sous un jour tout nouveau et à inspirer la pitié en dépit de toutes les horreurs.

La critique admirait la construction si simple du dr.ime; l'action était conduite sans détours, sans hors-d'œuvre, sans roueries de métier et allait droit à son but. Elle se déroulait logiquement, d'une allure rapide, soutenue par un intérêt toujours croissant, grâce à une intelligente gradation des effets , grâce à une succession ininterrompue de scènes angoissantes, poignantes et terrifiantes.

Les adversaires d'autrefois, les plus acharnés, qui avaient contesté à Victor Hugo la science du théâtre , devaient s'incliner devant sa maîtrise d'auteur dramatique; et il y avait unanimité pour louer la grandeur de la pensée, la fermeté et la beauté du style.

Revue Je Paris.

Amédce Pichot.

Un fait 3. constater avant toute critique c'est le succès par acclamation du nouveau drame de M. Victor Hugo.

...Heureusement pour M. Victor Hugo, les beautés l'emportent tellement sur les autres taches dans sa nouvelle pièce que jamais il ne fut plus nécessaire au critique de s'aider de la mémoire et de la réflexion pour plaider la cause de l'art.

Quelques-unes des chicanes qu'il faut bien lui chercher pour l'Iionneur du métier au-

raient même pu être évitées si facilement qu'on croirait volontiers que l'auteur a bien voulu, par charité pure, lui laisser quelque chose à dire.

... Ce qu'il y a de plus clafiiqiie dans le nouveau drame, c'est cette espèce db fatalité qui semble pousser au crime la famille Borgia, comme la famille des Atrides, dans la mythologie grecque, mais cette fatalité, grand élément de terreur tragique dans le drame ancien, M. Victor Hugo ne l'a pas attachée à une famille imaginaire, il l'a retrouvée ici dans la tradition et l'histoire. C'est une idée d'ailleurs très morale, en choisissant un sujet aussi horrible, d'avoir fait du crime le châtiment du crime.

...Au lieu de prendre tout crûment la Lucrèce Borgia adultère, incestueuse, empoisonneuse et de la faire vivre sous nosyeu.\ d'incestes et d'empoisonnements de moitié avec son frère le cardinal et son père le pape, comme une débauchée sans remords, M. Hugo nous montre d'abord cette femme cherchant k respirer et à se repentir sous l'amas de ses crimes, une pensée humaine est venue se glisser dans ce catur qui n'avait jamais éprouve rien d'humain.

...Cette pensée du drame est tragique et haute, car elle domine tout l'ouvrage, elle lui donne une sorte de profondeur et de moralité qu'on avait eu peine à saisir jusqu'ici dans le théâtre de M. Hugo.

Le Alonitiur 1

erse!.

On peut signaler plus d'un défaut dans cet ouvrage, se plaindre du peu d'ensemble de l'action, de l'espèce d'isolement des deux personnages principaux, de l't'/roite/e' des moyens à l'aide desquels l'auteur fait mouvoir, rattache au sujet ses personnages accessoires, indiquer ce qu'il y a de singulier dans ce hasard qui donne justement pour amis à Gennaro les cinq gentilshommes dont les parents ont péri victimes de la barbarie de Lucrèce, con-

IUPMiiEr.li: ?tATio\Ai.E.

ccvoir difficilement cette espèce d'excursion de la duchesse de Ferrarc à Venise, cette procession conduite par elle, ces moines qui trament des cercueils K leur suite; se trouver mal k l'aise au milieu de cette atmosphère d'empoisonnements; reconnaître aussi que ce drame fait naître des émotions plus pénibles que touchantes. Mais, à côté de ces quelques défauts, s'élèvent, nombreuses, de grandes beautés. Toutes les fois que l'action, dans sa marche, dans ses développements, procède de l'idée principale, de cette idée large, profonde, vraie qui a inspiré l'auteur, elle saisit, elle entraîne; l'énergie de la pensée ajoute 'a la force de la situation, des scènes d'un effet prodigieux se multiplient; elles remplissent, elles peuplent les actes.

L'Arme.

. . . Dans la voie où est entré M. Hugo , voie que les uns trouvent bonne, les autres mauvaise, mais que tout le monde regarde comme nouvelle, on s'est plaint de lui voir dédaigner les chefs-d'œuvre des grands maîtres et marcher seul k son caprice, sans règles, ni lois, comme si Sophocle, Euripide et taui. d'autres ne l'eussent précédé dans la carrière. Pour moi, dans ces belles inspirations lyriques je retrouve une heureuse substitution des chœurs antiques. C'est toujours cette voix douce et triste qui s'élève sur un autre ton, sous une forme différente, au milieu des scènes les plus terribles, sinon pour en dominer du moins pour en diminuer l'horreur.

...Quoi qu'il en soit des reproches injustes ou fondés adressés à M. Hugo, il était nécessaire qu'il us.ât de tous les ressorts dramatiques à sa disposition, qu'il montrât toute sa puissance scénique, qu'enfin il fît lever ce terrible anathème lancé sur son talent par un public si prompt à anathcmatiscr.

...En somme, il y a plus qu'un succès à constater dans Liicrhce liorffa. Pour moi je n'en veux qu'un seul, celui d'une entente parfaite avec la scène; peut-être aussi celui-Pa vaut-il tous les autres pour M. Victor Hugo par cela même qu'il lui avait été opini.îtrément contesté ou refusé dans ses autres œuvres dramatiques.

Le National (7 février 1833).

On n'a jamais refusé à M. Victor Hugo la persévérance et tous les symptômes de la foi; c'est un hardi et intraitable champion qui pousse toujours devant lui et avance dans la mêlée comme il peut; s'il chancelle, il cherche 'a se raffermir; s'il tombe, à se relever; si on lui enlève un bras, il prend son arme de l'autre; sa jambe droite, il saute et va sur la jambe gauche. Il y a aussi dans le naturel de M. Victor Hugo beaucoup de la résignation du soldat k qui on dit : Tu iras là, où tu te feras tuer! et qui répond : Oui, mon général...

On a reproché à M. Hugo de ne faire planer sur aucun de ses drames ces vastes et hautes pensées qui vous saisissent et vous étreignent l'âme dans le drame antique et dans les chefs-d'œuvre du théâtre moderne, dans (Edipe Koi comme dans VHjmlei de Shakespeare, dans les Honices comme dans Aibalie. Pour cette fois, M. Hugo a manifestement cherché cette pensée.

On avait osé lui dire encore de donner, ainsi qu'ont fait tous les maîtres, à cette pensée mère, ses développements naturels et nécessaires; de la conduire à son dénouement et k sa moralité sans l'égarer et la perdre dans raille hors-d'œuvre étranges, mille déclamations inutiles et dans tous les emportements dithyrambiques oh. le poète se substitue au drame; M. Hugo a mené jusqu'au bout l'idée dominante de sa nouvelle tragédie avec plus d'ordre, de symétrie et de persévérance que de coutume; il ne la rompt pas, ne la brise point, ne la jette pas hors de la scène à tout propos. Le poète a gagné en logique.

...En donnant avec quelques détails l'analyse de cette pièce, il était du devoir d'une critique consciencieuse d'en indiquer les parties faibles et d'appuyer sur les beautés. — Est-ce un drame, une tragédie, un mélodrame.' Vraiment, là oh. il y a des choses si grandes et si belles, qu'importe la définition des poétiques ? Addison répondait à ceux qui contestaient au Varadis perdu le titre de pohne épique ; tii'j consens, mais alors dites que c'est un poème divin».

Je ne sais si la pièce de M. Victor Hugo est une tragediCj mais connaissez-vous beau-

REVUE DE LA CRITIQUE

coup Je tragédies que vous oseriez mettre audessus de ce mélodrame ?

Journal des De bat s.

Jules Janin.

... C'est une assez belle chose que la conviction dans l'art pour qu'on y applaudisse, c'est une chose assez rare qu'un homme convaincu pour qu'on se mette à sa suite, trop heureux de tenir à lui par le bout de son manteau. M. Victor Hugo a foi dans luimême, a foi dans son œuvre, a foi en nous tous, avec cela c'est un grand poète, cela nous suffit, nous le suivons.

. . . Que si vous me demandez si en etfet j'admire beaucoup cette grande profusion de poison dans Lucrèce Borgi'a, je vous répondrai qu'en effet ce n'est pas là ce que j'admire. Ce que j'admire, c'est la hardiesse de l'homme qui vient tout à coup, avec ce vieux nom des Borgia, nous jeter dans des assassinats; et avec cette vieille passion, l'amour maternel, trouve une tragédie toute neuve; voilà ce que j'admire, moi. Ce que j'admire encore, c'est le dialogue en prose de cet homme qui s'était tant fié jusqu'alors à son dialogue en vers; c'est ce style vif, pressé, passionné, moqueur, hardi, allant du sublime au grotesque avec la même facilité et le même bonheur; c'est ce singuher mélange de toutes choses connues et communes que cet homme fait siennes et toutes neuves, par cela seul qu'il daigne les ramasser et les prendre dans la vieille tragédie.

Nous reproduisons quelques extraits d'articles lors de la reprise de 1870.

Et d'abord ce passage de Théophile Gautier :

...Rien de plus simple comme construction que ce drame d'un etîet si puissant ; il se compose de trois situations capitales largement développées et formant d'admirables tableaux d'un dessin et d'une couleur superbes; on dirait trois fresques colossales encadrées dans les fines architectures de la Renaissance. L'œil les saisit d'un regard et en conserve une ineffaçable empreinte. — Affront sur affront. — Le Confie. — Ivres morts. — Tels sont les titres sinistrement bizarres que le poète inscrit

sur des cartouches à volutes contournées, au bas de ces peintures magiques d'un éclat sombre et farouche. Quoi de plus beau que cette scène sur la terrasse du palais Barbarigo, à Venise, où Maffio Orsini, Jeppo Liveretto, don Apostolo Gazella, Ascanio Petrucci, Oloferno Vitellozzo, dont les familles saignent de quelque meurtre, reprochent ses crimes à Lucrèce Borgia démasquée, et, pour suprême affront, lui jettent son nom au visage! Quel étonnant crescendo d'insultes ! Nul poète depuis Shakespeare n'a fait sonner d'un souffle plus vigoureux « la trompette hideuse des malédictions ». Il y a dans cette scène sublime quelque chose de la grandeur épique d'Eschvle.

L'émincnt écrivain passe en revue les divers tableaux, il en admire « la vérité effrayante ». S'arretant aux scènes intermédiaires , il dit :

. . . Les autres scènes intermédiaires sont tracées avec une simplicité magistrale, sans petite ficelle, allant droit au but comme des ruelles qui mènent aux grandes places par le plus court. Mais au coin de ces petites rues il y a toujours quelque tourelle curieusement ouvragée, quelque porche à statues, quelque balcon d'une serrurerie amusante . . .

Nous avions trouvé autrefois que cette prose bi ferme, si nette, rehaussée de touches vigoureuses, rythmée en vue de luttes de dialogue, n'ayant pas besoin des vases d'airain dont on garnissait les théâtres antiques pour arriver à l'oreille des spectateurs, avait toute la valeur d'art des plus beaux vers. Nous sommes encore, après trente-sept ans, du même avis. .Jamais plus magnifique langage n'a été entendu au théâtre. Quelques jeunes prétendent qu'il a vieilli. Oui, comme un tableau du Titien ou de Giorgione, que le temps couvre d'un voile d'or, rendant les lumières plus blondes, les tons plus chauds et les ondes d'une profondeur plus mystérieuse. . .

L'Opinion nationale.

Jules Claretie.

Il ne faudrait pas nous donner souvent de tels spectacles pour voir bientôt rentrer sous terre, s'enfoncer et disparaître comme en des

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