‹ ThéâtreChapitre 310 sur 314 · LUCRECE · texte numérisé non relu

LUCRECE

trappes de féeries, les vulgarités ou les insanités à la mode.

...Et le triomphe du poète est un succès aussi pour ceux qui demandent au théâtre d'être non pas un métier, mais un art, non pas un instrument de décadence, mais un outil de progrès, non pas un lieu malsain ou l'on va méchamment rire, mais une assemblée intelligente où l'on va penser, non pas une boutique, mais une tribune.

Le Temps.

Francisque Sarclv.

... Le premier acte estadmirable, et la scène qui le termine est une des plus splendides qui soient au théâtre. Les maris, les amants, les frères de ceux que Lucrèce Borgia a fait emprisonner, empoisonner, lui barrent le passage, et, l'un après l'autre, lui crachent .au visage le récit de ses crimes. Et elle, affolée de terreur, d'angoisse et de colère, se voyant ainsi accablée de malédictions, en présence du seul être qu'elle respecte et qu'elle aime, veut en vain fuir ou leur imposer silence; il faut qu'elle écoute jusqu'au bout cette sombre litanie.

...Où le poète a ramassé tout l'effort de son génie, naturellement porté au terrible, c'est dans la grande scène du troisième acte.

Francisque Sarcey pense que Lucrèce Borgia n'aurait pas dû attendre si longtemps pour avouer sa maternité, puis il ajoute :

La raison a beau regimber contre les surprises de la sensibilité : on est vaincu.

Il y a dans ces deux grandes scènes où se résume tout le drame un intérêt haletant, qui vous serre le ca-ur, et ne vous laisse plus respirer. On n'a pas le loisir même d'être choqué de ces petits enfantillages de mauvais mélodrame, qui feraient sourire dans une autre œuvre.

L'émotion est si poignante qu'elle tient bon même contre ces détails mesquins de la mise en scène de Pixérécourt. Quelque opinion qu'on ait du théâtre de Victor Hugo on se sent en présence d'un maître homme qui vous pétrit, à son gré, de sa large main, l'imagina tion et le cœur.

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