‹ ThéâtreChapitre 37 sur 314 · ACTE III. — LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

ACTE III. — LA COMÉDIE

DIDIER

Saviez-vous bien quel était mon supplice? SoufFrir qu'un baladin vous parle et vous salisse! Ah ! ce n'est pas la moindre entre tant de douleurs Que de vous voir mêlée à ces vils bateleurs ! Vous, chaste et noble fleur, jetée avec ces femmes, Avec ces hommes pleins d'impuretés infâmes!

MARION

Didier, soyez prudent.

DIDIER

Dieu! que j'ai combattu Contre ma colère!... Ah! cet homme, il vous dit : tu! Quand moi, moi, votre époux, à peine encor je l'ose, De crainte d'enlever à ce front quelque chose !

Vivez bien avec eux, il y va de vos jours, — Des miens!

DIDIER

Elle a raison, elle a raison toujours!

Ah! quoique à chaque instant mon mauvais sort renaisse, Tu me donnes ton cœur, ton bonheur, ta jeunesse! D'où vient que tous ces dons sont prodigués pour moi Qui seraient peu payés du royaume d'un roi ? Je ne t'ofi^re en retour que misère et folie. Le ciel te donne à moi, l'enfer à moi te lie. Pour mériter tous deux ce partage inégal, Qu'ai-je donc fait de bien et qu'as-tu fait de mal?

MARION

Ah! Dieu, tout mon bonheur me vient de vous.

DIDIER, redevenu sombre.

Ecoute :

Quand tu parles ainsi, tu le penses sans doute. Mais je dois t'avertir, oui, mon astre est mauvais. J'ignore d'où je viens et j'ignore où je vais. Mon ciel est noir. — Marie, écoute une prière. Il en est temps encor, toi, retourne en arrière. Laisse-moi suivre seul ma sombre route; hélas! Apres ce dur voyage, et quand je serai las.

La couche qui m'attend, froide d'un froid de glace, Est étroite, et pour deux n'a pas assez de place. — Va-t'en!

MARION

Didier, je veux dans l'ombre et sans témoins Partager avec vous... — oh! celle-là du moins!

Que veux-tu donc^* Sais-tu qu'à me suivre poussée. Tu vas cherchant l'exil, la misère.'' insensée! Et peut-être, entends-tu.'' de si longues douleurs Que tes yeux adorés s'éteindront dans les pleurs.

M.irion laisse tomber sa tète dans ses mains.

Ah! je le jure ici, cette peinture est vraie, Et tu me fais pitié! ton avenir m'effraie. Va-t'en !

. MARION , éclatant en sanglots.

Ah! tuez-moi, si vous voulez encor

Parler ainsi!

Sanglotant.

Mon Dieu !

DIDIER, la prenant dans ses bras.

Marie, ô mon trésor!

Tant de larmes! j'aurais donné mon sang pour une! Fais ce que tu voudras! suis-moi, sois ma fortune. Ma gloire, mon amour, mon bien et ma vertu! Marie! ah! réponds-moi. Je parle, m'entends-tu.''

11 l'assied doucement sur le banc de gazon.

MARION, se dégageant de ses bras.

Ail ! vous m'avez fait mal.

DIDIER, à genoux et courbé sur sa main.

Moi qui mourrais pour elle!

MARION, souriant dans ses larmes.

Vous m'avez fait pleurer, méchant!

Vous êtes belle !

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