‹ ThéâtreChapitre 70 sur 314 · ACTE IV. — LE ROI · texte numérisé non relu

ACTE IV. — LE ROI

LE MARQUIS DE NANGIS

La grâce de Gaspard !

La grâce de Didier!

MARION

LE ROI

Tout ce qu'un roi départ En grâces, trop souvent est pris à la justice.

MARION

Ah! sire! à notre deuil que le roi compatisse.

Savez-vous ce que c'e^t.'' Deux jeunes insensés.

Par un duel jusqu'au fond de l'abîme poussés!

Mourir, grand Dieu! mourir sur un gibet infâme!

Vous aurez pitié d'eux! — Je ne sais pas, moi femme.

Comment on parle aux rois. Pleurer peut-être est mal;

Mais c'est un monstre enfin que votre cardinal!

Pourquoi leur en veut-il.^ Qia'ont-ils fait.? Il n'a même

Jamais vu mon Didier. — Hélas! qui l'a vu, l'aime.

■ — A leur âge, tous deux! les tuer, pour un duel!

Leurs mères! songez donc! — Ah! c'est horrible! — O ciel!

Vous ne le voudrez pas!... — Ah! femmes que nous sommes,

Nous ne savons pas bien parler comme les hommes.

Nous n'avons que des pleurs, des cris, et des genoux

Que le regard d'un roi ploie et brise sous nous!

Ils ont eu tort, c'est vrai! Si leur faute vous blesse.

Tenez, pardonnez-leur. Vous savez.'' la jeunesse!

Mon Dieu! les jeunes gens savent-ils ce qu'ils font.''

Pour un geste, un coup d'œil, un mot, — souvent au fond

Ce n'est rien, — on se blesse, on s'irrite, on s'emporte.

Les choses tous les jours se passent de la sorte;

Chacun de ces messieurs le sait. Demandez-leur,

Sire. — Est-ce pas, messieurs.'' — Ah! Dieu! l'affreux malheur!

Dire que vous pouvez d'un mot sauver deux têtes!

Oh! je vous aimerai, sire, si vous le faites!

Grâce! grâce! — Oh! mon Dieu! si je savais parler.

Vous verriez, vous diriez : Il faut la consoler,

C'est une pauvre enfant, son Didier, c'est son âme... —

J'étouffe. Ayez pitié!

LE ROI

Qu'est-ce que cette dame.''

MARION

Une sœur, majesté, qui tremble à vos genoux! Vous vous devez au peuple.

LE ROI

Oui, je me dois à tous.

Le duel n'a jamais fait de ravages plus amples.

MARION

Il faut de la pitié, sire!

LE ROI

Il faut des exemples.

LE MARQUIS DE NANGIS

Deux enfants de vingt ans, sire! songez-y bien. Ah! leur âee à tous deux fait la moitié du mien!

MARION

Majesté, vous avez une mère, une femme,

Un fils, quelqu'un enfin que vous aimez dans l'âme,

Un frère, sire! — Eh bien! pitié pour une sœur!

LE ROI

Un frère .f" non, madame.

11 réfléchit un instant.

Ah! si fait. J'ai Monsieur.

Apercevant la suite du marquis.

Çà, marquis de Nangis, quelle est cette brigade.'' Sommes-nous assiégés.'' allons-nous en croisade.'' Pour nous mener ainsi vos gardes sous les yeux, Etes-vous duc et pair.''

le marquis de nangis.

Non, sire, je suis mie'jx Qu'un duc et pair, créé pour des cérémonies. Je suis baron breton de quatre baronnies.

LE DUC DE BELLEGARDE, à part.

L'orgueil est un peu fort et par trop maladroit!

LE ROI

Bien. Dans votre manoir remportez votre droit.

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