ACTE IV. — LE ROI. lOj
Monsieur. Mais laissez-nous les nôtres sur nos terres. Nous sommes justicier.
LE MARQUIS DE NANGIS , frissonnant.
Sire! au nom de vos pères, Considérez leur âge et leurs torts expiés, II tombe à genoux.
Et l'orgueil d'un vieillard qui se brise à vos pieds. Grâce !
Le roi fait un signe brusque de colère et de refus. Le marquis se relève lentement.
Du roi Henri, votre père et le nôtre.
Je fus le compagnon, et j'étais là quand l'autre... — L'autre monstre, — enfonça le poignard... — Jusqu'au soir Je gardai mon roi mort, car c'était mon devoir. Sire! j'ai vu mon père, hélas! et mes six frères Choir tour à tour au choc des factions contraires; La femme qui m'aimait, je l'ai perdue aussi. Maintenant, — le vieillard que vous voyez ici Est comme un patient qu'un bourreau qui s'en joue A pour tout un grand jour attaché sur la roue. Le Seigneur a brisé mes membres tour à tour De sa barre de fer. — Voici la fin du jour.
Mettant la main sur sa poitrine.
Et j'ai le dernier coup. — Sire, Dieu vous conserve!
Il salue profondément et sort. Marion se lève péniblement et va tomber mourante dans l'enfoncement de la porte dorée du cabinet du roi.
LE ROI, essuyant une larme et le suivant des yeux, à Bellegardc.
Pour ne pas défaillir il faut qu'un roi s'observe. Bien faire est malaisé... Ce vieillard m'a touché...
Il rêve un moment et so.-t brusquement de son silence. Aujourd'hui pas de grâce! hier j'ai trop péché.
Se rapprochant de BeUegarde.
Pour vous, duc, avant lui vous veniez de me dire
Mainte chose hardie et qui pourra vous nuire
Quand au cardinal-duc je redirai ce soir
La conversation que nous venons d'avoir.
J'en suis fâché pour vous. Désormais prenez garde...
Bâillant.
Ah! j'ai bien mal dormi, mon pauvre BeUegarde!
lo6 MARION DE LORME.
Congédiant du geste gardes et courtisans.
Messieurs, laissez-nous seul. Allez.
A L'Angely.
Demeure, toi.
Tout le monde sort, excepté Manon, que le roi ne voit pas. Le duc de Bellegarde l'aperçoit accroupie au seuil de la porte, et va à elle.
LE DUC DE BELLEGARDE, bas à Marion.
Vous ne pouvez rester à la porte du roi. Qu'y faites-vous, collée ainsi qu'une sta'iue.^ Ma chère, allez-vous-en.
MARION
J'attendrai qu'on m'y tue.
L'ANGELY, bas au duc.
Laissez-la, duc.
Bas à Marion.
Restez.
Il revient auprès du roi, qui s'est assis dans le grand fauteuil et rèvc profondément.