ACTE I. — LE RENDEZ-VOUS
DIDIER
Prenez-moi pour frère, pour appui; Épousez-moi !
MARION, à part.
Pourquoi suis-je indigne de lui.''
DIDIER
Eh bien ?
MARION
Mais. . .
Je comprends. Orphelin, sans fortune, L'audace est inouïe, étrange, et j'importune. Laissez-moi donc mon deuil, mes maux, mon abandon. Adieu.
Il fait un pas pour sortir, Marion le retient. MARION.
Didier! Didier! que dites-vous!
Elle fond en larmes.
DIDIER, revenant.
Pardon !
Mais pourquoi balancer.-^
S'approchant d'elle.
— Comprends-tu bien, Marie.'' Nous être l'un à l'autre un monde, une patrie, Un ciel!... Vivre ignorés dans un lieu de ton choix, Y cacher un bonheur à faire envie aux rois ! . . .
MARION
Ah! ce serait le ciel!
DIDIER
En veux-tu .''
MARION, à part.
Malheureuse !
Haut.
Je ne puis. Jamais.
Elle s'arrache des bras de Didier et tombe sur son fauteuil.
DIDIER, glacial.
L'offre était peu généreuse De ma part. Il suffit. Je n'en parlerai plus, Allons!
MARION, à part.
Ah! maudit soit le jour où je lui plus! Haut.
Didier! je vous dirai... vous me déchirez rame... Je vous expliquerai. . .
DIDIER, froidement.
Que lisiez-vous, madame, Quand je suis arrivé !
Il prend le livre sur la table et lit.
La Guirlande d'amour, A Marion de Lorme.
Amèrement.
Oui, la beauté du jour!
Jetant le livre à terre avec violence.
Ah! vile créature, impure entre les femmes!
MARION, tremblante.
Monsieur. . .
DIDIER
Que faites-vous de ces livres infâmes ? Comment sont-ils ici .?
MARION, faiblement et baissant les yeux.
Le hasard...
DIDIER
Savez- vous, Vous dont l'œil est si pur, dont le front est si doux, Savez vous ce que c'est que Marion de Lorme.'' Une femme, de corps belle, et de cœur difforme. Une Phryné qui vend à tout homme, en tout lieu, Son amour qui fait honte et fait horreur!
MARION, la tète dans ses mains.
Grand Dieu!
Un bruit de pas, un cliquetis d'^pées au dehors, et des cris.