ACTE V. — LE CARDINAL
Que t'avait fait cet homme, au cœur profond et doux. Et qui t'a si longtemps aimée à deux genoux ?
LE GEÔLIER
L'heure passe.
MARION
Ah! le temps marche, et l'instant s'envole! ■ — Didier! je n'ai pas droit de dire une parole. Je ne suis qu'une femme à qui l'on ne doit rien, Vous m'avez réprouvée et maudite, et c'est bien. Et j'ai mérité plus que haine et que risée, •
Et vous êtes trop bon, et mon âme brisée Vous bénit j mais voici l'heure affreuse. Ah! fuyez! Le bourreau se souvient de vous qui l'oubliez ! ^ Mais j'ai disposé tout. Vous pouvez fuir... — Ecoute, Ne me refuse pas, — tu sais ce qu'il m'en coûte! — Frappe-moi, laisse-moi dans l'opprobre où je suis. Repousse-moi du pied, marche sur moi, — mais fuis!
DIDIER
Fuir! qui fuir .^ Il n'est rien que j'aie à fuir au monde Hors vous, — et je vous fuis, — et la tombe est profonde.
LE GEÔLIER
L'heure passe.
Viens! Fuis!
DIDIER
Je ne veux pas !
Pitié!
MARION
DIDIER
Pour qui .''
MARION
Te voir saisi, grand Dieu! te voir lié! Te voir... — Non, d'y penser, j'en mourrais d'épotivante. — Oh! dis, viens, viens! Veux-tu que je sois ta servante.'' Veux-tu me prendre, avec mes crimes expiés, Pour avoir quelque chose à fouler sous tes pieds. '^ Celle que tu daignas nommer aux jours d'épreuve Épouse. . .
DIDIER
Epouse ! •
On entend le canon dans l'éloignement.
Alors, voici qui vous fait veuve.
MARION
Didier!...
LE GEÔLIER
L'heure est passée.
Un roulement de tambours. — Entre le conseiller Je la fjrand'chambre, accompagné de pénitents portant des torches, du bourreau, et suivi de soldats et de peuple.
MARION
Ah !.. .