ACTE I, SCENE III. • aS
Dans leur autorité sur le peuple usurpée , N'<^t jamais prétendu disposer à leur choix Pes conquêtes de Rome , et nous parler en rois. César, nous attendions de ta clémence auguste Un don plus précieux , une faveur plus juste , Au-dessus des éuts donnés par U bonté..«.
GBSAa.
Qu pses-tu demander, Cimber ?
CIMBER
La liberté.
CASSIVS.
Tu nous l'avais promise^ et tu juras toi-même
D'abolir pour jamais l'autorité suprême ;
Et je croyais toucher à ce moment heureux
Où le vainqueur du monde allait combler nos vœux.
Fumante de son sang , captive , désolée ,
Rome dans cet espoir renaissait consolée.
Avant que d'être A toi nous sommes ses en£ins :
Je songe à ton pouvoir; mais songe à tes sermens.
BRU TU s.
Oui, que César soit grand; mais que Rome soit libre. Dieux ! maîtresse de Tlnde, esclave au bord du Tibre! Qu'importe que son nom commande à l'univers, Et qu'on l'appelle reine, alors qu'elle est aux fers? Qu'importe à ma patrie, aux Romains que tu braves. D'apprendre que César a de nouveaux esclaves? Les Persans ne sont pas nos plus fiers ennemis ; Il en est de plus grands. Je n'ai point d'autre avis.
CBSAR.
Et toi, Brutus, aussi ! (3)
ANTOINE, à César.
Tu connais leur audace :
Vois si ces cœurs ingrats sont dignes de leur grâce.
CESAR
Ainsi vous voulez donc, dans vos témérités , Tenter ma patience, et lasser mes bontés? Vous qui m'appartenez par le droit de 1 epée, Rampans sous Marius, esclaves de Pompée; Vous qui ne respirez qu'autant que mon courroux. Retenu trop long-temps, s est arrêté sur vous : Républicains ingrats, qu'enhardit ma clémence, Vous qui devant Sylla garderiez le silence ; Vous que ma bonté seule invite à m'outrager. Sans craindre que César s'abaisse à se venger. Voilà ce qui vous donne une âme assez hardie, Pour oser me parler de Rome et de patrie; Pour afFecter ici cette illustre hauteur Et ces grands sentimens devant votre vaimpeur. Il les fallait avoir aux plaines de Pharsale. La fortune entre nous devient trop inégale : Si vous n'avez su vaincre, apprenez àjervir.
BaUTUS.
César, aucun de nous n'apprendra qu'à mourir.
Nul ne m'en désavoue, et nul, en Thessalie,
N'abaissa son courage à demander la vie.
Tu nous laissas le jour, mais pour nous avilir;
Et nous le détestons , s'il te faut obéir.
César, qu'à ta colère aucun de nous n'échappe;
Conunence ici par moi : si tu veux r^ner, frappe.
Cl&SÀR.
(Les s^atears sortent. )
Écoute.... et vous, sortez. Brutus m'ose offenser ! Mais sais-tu de quels traits tu viens de me percer? Va, César est bien loin d'en vouloir à ta vie. Laisse là du sénat l'indiscrète furie; Demeure : c'est toi seul qui peux me désarmer;
ACT£ I, SCENE IIL 189
Demeure : c'est toi seul que César yeut aimer.
BRUT us.
Tout mon sang est à toi, si tu tiens ta promesse; Si tu n'es qu'un tyran , j'abhorre ta tendresse; Et je ne peux rester avec Antoine et toi , Puisqu'il n'est plus Romain, et qu'il denunde un roi.