‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 192 sur 446 · ACTE I, SCENE III. • aS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III. • aS

Dans leur autorité sur le peuple usurpée , N'<^t jamais prétendu disposer à leur choix Pes conquêtes de Rome , et nous parler en rois. César, nous attendions de ta clémence auguste Un don plus précieux , une faveur plus juste , Au-dessus des éuts donnés par U bonté..«.

GBSAa.

Qu pses-tu demander, Cimber ?

CIMBER

La liberté.

CASSIVS.

Tu nous l'avais promise^ et tu juras toi-même

D'abolir pour jamais l'autorité suprême ;

Et je croyais toucher à ce moment heureux

Où le vainqueur du monde allait combler nos vœux.

Fumante de son sang , captive , désolée ,

Rome dans cet espoir renaissait consolée.

Avant que d'être A toi nous sommes ses en£ins :

Je songe à ton pouvoir; mais songe à tes sermens.

BRU TU s.

Oui, que César soit grand; mais que Rome soit libre. Dieux ! maîtresse de Tlnde, esclave au bord du Tibre! Qu'importe que son nom commande à l'univers, Et qu'on l'appelle reine, alors qu'elle est aux fers? Qu'importe à ma patrie, aux Romains que tu braves. D'apprendre que César a de nouveaux esclaves? Les Persans ne sont pas nos plus fiers ennemis ; Il en est de plus grands. Je n'ai point d'autre avis.

CBSAR.

Et toi, Brutus, aussi ! (3)

ANTOINE, à César.

Tu connais leur audace :

Vois si ces cœurs ingrats sont dignes de leur grâce.

CESAR

Ainsi vous voulez donc, dans vos témérités , Tenter ma patience, et lasser mes bontés? Vous qui m'appartenez par le droit de 1 epée, Rampans sous Marius, esclaves de Pompée; Vous qui ne respirez qu'autant que mon courroux. Retenu trop long-temps, s est arrêté sur vous : Républicains ingrats, qu'enhardit ma clémence, Vous qui devant Sylla garderiez le silence ; Vous que ma bonté seule invite à m'outrager. Sans craindre que César s'abaisse à se venger. Voilà ce qui vous donne une âme assez hardie, Pour oser me parler de Rome et de patrie; Pour afFecter ici cette illustre hauteur Et ces grands sentimens devant votre vaimpeur. Il les fallait avoir aux plaines de Pharsale. La fortune entre nous devient trop inégale : Si vous n'avez su vaincre, apprenez àjervir.

BaUTUS.

César, aucun de nous n'apprendra qu'à mourir.

Nul ne m'en désavoue, et nul, en Thessalie,

N'abaissa son courage à demander la vie.

Tu nous laissas le jour, mais pour nous avilir;

Et nous le détestons , s'il te faut obéir.

César, qu'à ta colère aucun de nous n'échappe;

Conunence ici par moi : si tu veux r^ner, frappe.

Cl&SÀR.

(Les s^atears sortent. )

Écoute.... et vous, sortez. Brutus m'ose offenser ! Mais sais-tu de quels traits tu viens de me percer? Va, César est bien loin d'en vouloir à ta vie. Laisse là du sénat l'indiscrète furie; Demeure : c'est toi seul qui peux me désarmer;

ACT£ I, SCENE IIL 189

Demeure : c'est toi seul que César yeut aimer.

BRUT us.

Tout mon sang est à toi, si tu tiens ta promesse; Si tu n'es qu'un tyran , j'abhorre ta tendresse; Et je ne peux rester avec Antoine et toi , Puisqu'il n'est plus Romain, et qu'il denunde un roi.

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