‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 193 sur 446 · CÉSAR, ANTOINE · texte numérisé non relu

CÉSAR, ANTOINE

AHTOIHB.

Eh bien ! t'ai-je trompé? Crois-tu que la nature Puisse amollir une âme et si fière et si dure ? Laisse , laisse à jamais dans son obscurité Ce secret malheureux qui pèse à ta bonté. Que de Rome, s'il veut, il déplore la chute; Mais qu'il ignore au moins quel sang il persécute : Il ne mérite pas de te devoir le jour. Ingrat à tes bontés , ingrat à ton amour. Renonce-le pour fils.

• CESAR

Je ne le puis : je l'aime.

AHTOIHB.

Ah ! cesse donc d'aimer l'éclat du diadème; (^) Descends donc de ce rang où je te vois monté : La bonté convient mal à Ion autorité ; De ta grandeur naissante elle détruit l'ouvrage. Quoi ! Rome est sous tes lois, et Cassius t'outrage ! Quoi ! Cimber, quoi ! Cinna, ces obscurs sénateurs, Aux yeux du roi du monde affectent ces hauteurs i Us bravent ta puissance , et ces vaincus respirent !

GBSAR.

Ils sont nés mes égaux, mes armes les vainquirent;

a4o LA MORT DE CÉSAR,

Et , trop au-dessus d eux , je leur puis pardonner

De frémir sous le joug que je veux leur donner.

Ail TOIIVB.

Marins de le«r sang eût été moins ayare ; Sylla les eût punis.

CÉSAR

Sylla fut un barbare , II n a su qu'opprimer : le meurtre et la fureur Fesaient sa politique ainsi que sa grandeur : Il a gouverné Rome au milieu des supplices ; U en était Tef&oi , j'en serai les délices. Je sais quel est le peuple : on le change en un jour; Il prodigue aisément sa haino et son amour. Si ma grandeur Taigrit , ma clémence l'attire. Un pardon politique à qui ne peut me nuire, Dans mes chaînes qu'il porte un air de liberté^ Ont ramené vers moi sa faible volonté.

Il fiiut couvrir de fleurs l'abîme où je l'entraîne, Flatter encor ce tigre à l'instant qu'on l'enchaîne. Lui plaiqp en l'accablant , l'asservir, le charmer, Et punir mes rivaux en me fesant aimer.

AHTOINE.

Il fiiudrait être craint : c'est ainsi que l'on règne.

CBSAR.

Va , ce n'est qu'aux combats que je veux qu'on me craigne.

ANTOINE

Le peuple abusera de ta facilité.

CBSAR.

Le peuple a jusqu'ici consacré ma bonté : Vois ce temple que Rome élève à la Clémence.

ANTOINE

Crains qu'elle n'en élève un autre à la Vengeance^ Crains des cœurs ulcérés, noiuris de désespoir,

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