‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 198 sur 446 · BRUTUS, CASSIUS, CIMBER, DÉCIME · texte numérisé non relu

BRUTUS, CASSIUS, CIMBER, DÉCIME

GÀSSiUS.

Ab! Cimber^ est-ce toi? parlé, quel est ce trouble P

DÉCIMB.

Trame-t-on contre Rome un nouvel attentat? Qua-t-on ^it? cpi*as-tu vu?

CfMBER»

La honte de l'état. (5> .

César était au temple , et cette fière idole Semblait être le dieu qui tonne au Capitole. C'est là qu'il annonçait son superbe dessein D'aller joindre la Perse à l'empire romain. On lui donnait les noms de foudre de la guerre, De Fengeur des Romains, de vainqueur de la terrer Mais parmi tant d'éclat, son orgueil imprudent ' Voulait un autre titre , et n'était pas content. Enfin , parmi ces cris et ces chants d'allégresse, Du peuple qui l'entoure Antoine fend la presse : Il entre : 6 honte! ô crime indigne d'un Romain! Il entre , la couronne et le sceptre à la main. On se tait, on frémit : lui, sans que rien l'étonné,. Sur le front de César attache la couronne. Et soudain , devant lui se mettant à genoux : «César, règne, dit^il, sur la terre et sur nous. » Des Romains, à ces mots, les visages pâlissent; De leurs cris douloureux les voûtes retentissent; l*ai vu des citoyens s'enfuir avec horreur^ D'autres rougir de honte et pleurer de douleur. César, qui cependant lisait sur leur visage

256 LA taORT DE CÉSAR,

De rindignatlon Téclatant témoignage,

Feignant des sentimens long-temps étucUAr,

Jette et sceptre et couronne, et les foule à ses pieds.

Alors tout se croit libre , alors tout est en proie

Au fol enivrement d*une indiscrète joie.

Antoine est alarmé; César feint et rougit :'

Plus il cèle son trouble, et plus on Tapplaudit;

La modération sert de voile à son crime:

11 affecte à regret un refus magnanime.

Mais, malgré ses efforts, il frémissait tout bas •

Qu'on applaudît en lui les vertus qti'il n*a pas. (^

Enfin , ne pouvant plus retenir sa colère,

Il sort du Capitole avec un front sévère ;

Il veut que dans une heure on s'assemble au sénat

Dans une heure ^ Brutus , César change l'état

De ce sénat sacré la moitié corrompue.

Ayant acheté Rome y à César la vendue :

Plus lâche que ce peuple à qui, dans son malheur,

Le nom de roi du moins lait toujours quelque horreur.

César, déjà trop roi, veut encor ki couronne :

Le peuple la refuse , et le sénat hi donne.

Que faut-il faire e»£n , héros qui m'écoute2 ?

CASSIUS

Mourir, finir des jours dans l'opprobre comptés. J'ai traîné les liens de mon indigne vie , Tant qu'un peu d'espérance a flatté ma patrie : Voici son dernier jour, et du moins Cassius Ne doit plus respirer , lorsque Tétat n*est plus. Pleure qui voudra Rome, et lui reste fidèle; Je ne peux la venger, mais } expire avec elle. Je vais où sont nos dieux.... Pompée et Scipion,

(en regardant leurs statues.)

Il est temps de vous suivre , et d'imiter Caton.

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