‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 308 sur 446 · ACTE V, SCENE VIT. Bqï · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VIT. Bqï

Mon père, en ce moment m*amène à votre vue.

Mon ftme fugitive, et prête à me quitter,

S*arréte devant vous.... mais pour vous imiter.

Je meurs , le voile tombe ; un nouveau jour m*éclaire ;

Je ne me suis connu qu*au bout de ma carrière;

J'ai fait, jusqu'au moment qui me plonge au cercueil,

Gémir l'humanité du poids de mon orgueil.

Le ciel venge la terre : il est juste; et ma vie

Ne peut payer le sang dont ma main s'est rongie.

Le bonheur m'aveugla, la mort m'a détrompé :

Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé.

J'étais maître en ces lieux ; seul j'y commande encore :

Seul je puis £iire grâce, et la fais à Zamore.

Vis , superbe ennemi , sois libre, et te souvien

Quel fiit, et le devoir, et la mort d'un chrétien,

( à Mont«M , qui se jette à «es pieds. )

Montèze, Américains, qui fûtes mes victimes, Songez que ma clémence a surpassé mes crimes. Instruisez l'Amérique; apprenez à ses rois Que les chrétiens sont nés pour leur donner des lois.

( à Zamore. ) Des dieux que nous servons connais la dififéreifce : Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance; Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner. M'ordonne de te plaindre et de te pardonner, (a)

ALVAREZ

Ah ! mon fils, tes vertus égalent ton courage.

Quel changement, grand Dieu ! quel étonnant langage !

ZAHORS.

Qu(H ! tu veux me forcer moi-même au repentir

394 ALZIREi

GUSMAN

Je veux plus, je te veux forcer à me chërir. Alzire n*a vécu que trop infortunée , Et par mes cruautés , et par mon hyménée; Que ma mourante main la remette en tes bras : Vivez sans me haïr /gouvernez vos états, Et de vos murs détruits rétablissant la gloire, De mon nom, s'il se peut, bénissez la mémoire.

( à AlTarez. ) Daignez servir de père à ces époux heureux : Que du ciel , par vos soins, le jour luise sur eux ! Aux clartés des chrétiens si son âme est ouverte, Zamore est votre fils, et répare ma perte.

ZAMORB.

Je demeure immobile, égaré, confondu;

Quoi donc, les vrais chrétiens auraient tant de vertu !

Ah ! la loi qui t'oblige à cet effort suprême.

Je commence à le croire, est la loi d'un Dieu même.

J'ai connu l'amitié, la constance, la foi;

Mais tant de grandeur d'âme est au-dessus de moi :

Tant de vertu m'accable, et son charme m'attire.

Honteux d'être vengé, je t'aime et je t'admire.

(n se jette à set pieds.)

Seigneur, en rougissant je tombe à vos genoux. Alzire, en ce moment, voudrait mourir pour vous. Entre Zamore et vous mon âme déchirée Succombe au repentir dont elle est dévorée. Je me sens trop coupable, et mes tristes erreurs....

GUSMAN

Tout vous est pardonné , puisque je vois vos pleurs.

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