‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 322 sur 446 · SCENE. PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE. PREMIERE

LISE, MARTHE

MARTHB.

Yovs frémissez en voyant de plus près Tout ce fracas, ces noces, ces apprêta.

LISB.

Ah ! plus mon cœur s'étudie et s'essaie,

Plus de ce joug la pesanteur m'effraie :

A mon avis , l'hymen et ses liens

Sont les plus grands ou des maux on des biens.

Point de milieu ; l'état du mariage

Est des humains le plus cher avantage ,

Quand le rapport des esprits et des cœurs ,

Des sentimens, des goûts et des humeurs ,

Serre ces nœuds tissus par la nature,

Que l'amour forme et que llionneur épure.

Dieux ! quel plaisir d'aimer publiquement,

Et de porter le nom de son amant !

Votre maison , vos gens , votre livrée ,

Tout vous retrace une image adorée ;

Et vos enfans, ces gages précieux,

Nés de 1 amour, en sont de nouveaux noeuds.

Un tel hymen , une union si chère,

Si Von en voit, c'est le ciel sur la terre.

^ao L'ENFANT PRODiGVE,

Mais tristement vendre par un contrat Sa liberté, son nom et son état, Aux volontés d'un maître despotique, Dont on devient le premier domestique ; Se quereller ou s'éviter le jour ; Sans joie à table , et la nuit sans amour ; Trembler toujours d'avoir une faiblesse, Y succomber on combattre sans cesse ; Tromper son maître, ou vivre sans espoir Dans les langueurs d'un importun devoir; Gémir, sécher dans sa douleur profonde; Un tel hymen est l'enfer de ce monde.

MARTHB.

En vérité, les filles, comme on dit, Ont un démon qui leur forme l'esprit : Que de lumière en une âme si neuve!

La plus experte et la plus fine veuve, Qui sagement se console à Paris D'avoir porté le deuil de trois maris , N'en eût pas dit sur ce point davantage. Mais vos dégoûts sur ce beau mariage Auraient besoin d'un éclaircissement* L'hymen déplaît avec le président ; Vous plairait-il avec monsieur son frère ? Débrouillez-moi , de grâce, ce mystère : L'aîné fait-il bien du tort au cadet P Haïssez-vous ? aimez-vous ? parlez net.

LISB.

Je n'en sais rien ; je ne puis et je n'ose De mes dégoûts bien démêler la cause.

Comment chercher la triste vérité Au fond d'un cœur, hélas ! trop agité? Il fiàut au moins , pour se mirer dans l'onde ,

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