DES ÉDITEURS DE L'ÉDITION DE REHL
Cette trttgédie fut représentée pour la première fois en 1740, reprise en 176a, et imprimée alors telle qu'on la trouve dans ce recueil. U en a paru une édition furtive que M. de Voltairr a désaTonée. Les variantes ont été recueillies d'après cette édition.
Zulime est le même sujet que Bajazet et qa'Jriane. Dam Ariane, tout est satlifié*à ce rôle'! Thésée, Phèdre, OEnams, Pirithoûs ne sont pas supportables; l'ingratitude de Thésée, la trahison de Phèdre , n'ont aucun motif : ils' sout odieux et avilis; mais le r^k d'âxiane fait tout pardonner. Dan» i^<y<K«^ Roxanê n'est point intéressante ; elle trahit Amurat , son amant et son bienfaiteur. Sa passion est celle d'une esclave violente et intéressée ; mais cette passion est peinte par un grand maître. Le rôle de Bajazet , quoique faible , est noble. C'est malgré lui qu'Acomat et Atalide l'ont engagé dans une intrigue dont il rougit. Celui d' Atalide est touchant, d'une sensibilité douce et vraie.
Racine est le premier qui ait mis sur le théâtre des femmes tendres sans être passionnées , telles qu' Atalide , M onime , Jonie , Iphigénie, Bérénice. U n'en avait trouvé de modèles, ni chez les Grecs, ni chez aucun peuple moderne, excepté dans les pastorales italiennes. L'art de rendre ces caractères dignes de la tragédie, lui appartient tout entier. A la vérité, ces rAles ne sont point d'un grand effet au théâtre, à moins qu'ils ne soient joués par une actrice dont la figure et la voix soient dignes des vers de Racine ; mais ils feront toujours les délices des âmes tendres , et des hommes sensibles aux charmes de la belle poésie.
M. de Voltaire admirait le rôle d'Acomat. Ce rôle et celui de Burrhus sont encore de ces beautés dont Racine n'avait
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point eu de modèles. En trayaillant le même sujet qne Racine et Corneille, M* de Voltaire voulut que ni l'amante abandonnée, ni le héros, ni l'amante préférée ne fussent avilis. C'est d'après cette idée qne toute sa pièce a été combinée.
La fuite de Zulime, sa révolte contre son père, sont des crimes; mais il n'y a dans ces crimes ni trahison ni cruauté. Hermione, Roxane, Phèdre intéressent parleurs malheurs, eC surtout par l'excès de leur passion ; mais les crimes qu'elles commettent ne sont pas de ces actions où la passion peut conduire des âmes vertueuses. Les emportemens de Zulime, au contraire , sont ceux d'une ftme entraînée par son amour, mais née pour la vertu, que les passions ont pu égarer, mais qu'elles n'ont pu corrompre. Ce r6le est encore le seul rôle de femme de ce genre qu'il y ait dans nos tragédies; et M. de Voltaire •st le premier qui ait marqué sur le théâtre la différence des fureurs de la passion aux véritables crimes.
On peut reprocher aux trois pièces un même défaut; celui de ne laisser au spectateur l'idée d'aucun dénoûment heureux. M. de Voltaire a cherché à éviter ce défaut autant que le sujet le permettait. Du moins sa pièce, comme celle de Bajazet, est-eUe susceptible de plusieurs dénoùmens. Le cinquième acte, et la catastrophe de Zulime , telle qu'elle est dans cette édition , est d'une grande beauté; et ce vers de Zulime, en arrachant le poignard à sa rivale :
Cest à moi de mourir, puisque c'est toi qu'on aime,
vaut mieux lui seul que beaucoup de tragédies.