EXTRAIT D'UNE LETTRE DE VOLTAIRE
SVK LA TRAGÉDIE DE ZUUME. (1761.)
jJÀifs le nombre immense des tragédies 1 comédies , opéra comiques , discours moraux et facéties y au nombre d'enTiroa cinq cent mille, qui font l'honneur étemel de la France, oa Tient d'imprimer sous mon nom une tragédie intitulée Zulime. La scène est en Afrique. Il est bien vrai qu'ayant été autrefois avec Alzire en Amérique , je fis un petit tour en Airiqne arec Zulime ayant que d'aller Toir Idamé à la Chine; mais mon voyage d'Afrique ne me réussit point : presque personne dans le parterre ne connaissait la ville d'Arsénié j qui était le lien de la scène. C'est pourtant une colonie romaine nommée Jrsenaria, et c'est encore par cette raison-là qu'on ne la connaissait pas.
Trémizène est un nom bien sonore : c'est un joli petit royaume; mais on n'en avait aucune idée. La pièce ne donna nulle envie de s'informer du gisement de ces côtes. Je retirai prudemment ma flotte : Et quœ desperat tractata nitescere passe , rclinquit. Des corsaires se sont enfin saisis de la pièce , et l'ont fait imprimer; mais, par droit de conquête, ils ont supprimé deux ou trois cents vers de ma façon , et en ont mis autant de la leur. Je crois qu'ils ont très bien fait : je ne veux point leur voler leur gloire comme ils m'ont volé mon ouvrage. J'ayone que le dénoùment leur appartient , et qu'il est aussi mauvais que l'était le mien. Les rieurs auront beau jeu ; car au lieu d'avoir une pièce à siffler ils en auront deux. Il est vrai que tes rieurs seront en petit nombre , car peu de gens pourraient lire les deux pièces. Je suis de ce nombre; et de tous ceux qui prisent ces bagatelles ce qu'elles valent , je suis peut-être celui qui y met le plus bas prix. Enchanté des chefs-d'œuvre du siècle passé, autant que dégoûté du fatras prodigieux de nos médiocrités , je vais expier les miennes en me fesant le commentateur de P. Corneille.
L'Académie agrée ce travail : je me flatte que le public le
EXTRAIT mJWE LETTRE SUR ZUZIME. 497
secondera en faTenr des héritiers de ce grand nom, D yaut mieux comnAAiter HéracUus qne de faire Tancrède; on risque bien moins.
Le premier jonr q[ne Ton jooa ce Tancrède, beaucoup de spectateurs étaient venus armés d'un manuscrit qui courait le monde 9 et qu*on assurait être mon ouTriqge : il ressemblait à cette ZuUme imprimée.
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