ACTE II, SCENE IV
Je te donnais pour dot, en engageant ta foi , Ces trésors y ces états , que je quittais pour toi , Et tu pouvais choisir entre les plus grands princes Qui des bords syriens gourement les proyinces ; Et c'est dans ces momens que, fuyant de mes bras, Toi seule à la révolte excites mes soldats, M'arraches mes sujets, m'enlèves mes esclaves. Outrages mes vieux ans, m'abandonnes, me braves! Quel démon t'a conduite à cet excès d'horreur ? Quel monstre a corrompu les vertus de ton cœur ? Veux-tu ravir un rang que je te sacrifie? Veux-tu me dépouiller de ce reste de vie? Ah, Zulime ! ah, mon sang ! par tant de cruauté Veux-tu punir ainsi l'excès de ma bonté?
Seigneur, mon souverain, j'ose dire mon père. Je vous aime encor plus que je ne vous fus chère. Hégnez, vivez heureux, ne vous consumez plus Pour cette criminelle en regrets superflus. De mon aveuglement moi-même épouvantée, Expirant des regrets dont je suis tourmentée. Et de votre tendresse et de votre courroux , Je pleure ici mon crime à vos sacrés genoux; Mais ce crime si cher a sur moi trop d'empire; Vous n'avez plus de fille , et je suis à Ramire.
BélfASSAR.
Que dis-tu ? malheureuse ! opprobre de mon sort !
Quoi ! tu joins unt de honte à l'horreur de ma mort!
Qui ? Ramire ! un captif ! Ramire t'a séduite !
Un barbare t'enlève, et te force à laiuite!
Non, dans ton cœur séduit, d'un fol amour atteint,
Tout l'honneur de mon sang n'est pas encore éteint ;
Tu ne souilleras point d'une tadie si noire
5a8 ZULIME,
La race des héros, ma vieillesse et ma gloire.
Quelle honte, grand Dieu, suivrait un sort si beau!
Veux-tu déshonorer ma vie et mon tombeau?
De mes folles bontés quel horrible salaire !
Ma fille , un suborneur est-il donc plus qu*un père?
Bepens-toiy suis me^ pas, viens sans plus m*outrager.
ZULIVE.
Je voudrais obéir ; mon sort ne peut changer. Approuvée en Europe, en vos climats flétrie, Il n*est plus de retour pour moi dans ma patrie.. Mais si le nom d'esclave aigrit votre courroux , Songez que cet esclave a combattu pour vous ; Qu'il vous a délivré d'une main ennemie ; Que vos persécuteurs ont demandé sa vie ; Que j'acquitte envers lui ce que vops lui devez ; Qu'à d'assez grands honneurs ses jours sont réservés; Qu'il est du sang des rois; et qu'un héros pour gendre, Un prince vertueux....
BENASSAa.
Je ne veux plus t'entendre, Barbare ! que les cieux partagent ma douleur ! Que ton indigne amant soit un jour mon vengeur! Il le sera sans doute, .et j'en reçois l'augure. Tous les enlèvemens sont suivis du parjure. Puisse la perfidie et la division Être le digne firuit d'une telle union ! J'espère que le ciel , sensible à mon outrage , Accourcira bientôt dans les pleurs, dans la rage, Les jours infortunés que ma bouche a maudits , Et qu'on te trahira , comme tu me trahis. Coupable de la mort qu*ici tu me prépares, Lftche , tu périras par des mams plus barbares : Je le demande aux deux; perfide, tu mourras