ACTE IV^ SCENE VI
Le malheur nous rejoint; le destin nous égale : Je sens les mêmes feux , je meurs des mêmes coups ; Et Ramire est perdu pour moi comme pour vous.
ZUI.IXB.
Avez- vous vu Ramire P
▲ TIDB.
Oui , je Tai vu combattre | Et braver son destin , qui ne pouvait labattre ; Mais je ne Tai point vu depuis qu'il est chargé De ces indignes fers où vous l'avez plongé. On prépare pour lui la mort la plus sanglante ; Tous le voulez, madame, et vous sfrez contente; Il ne vous reste ici qu'à terminer mon sort y Avant d'avoir appris s*il vit ou s'il est mort.
ZULIXS*
S'il est mort, je sais trop le parti qu'il faut prendre.
▲ TIDB.
Ah! si vous le vouliez, vous pourriez le défendre , Madame : vous Taimez, et je connais l'amour; Vous périrez des coups dont il perdra le jour ; Et, quelque sentiment qu'un père vous inspire, Le plus.grand des forfaits est de trahir Rjimire. II n'eut jamais que vous et le ciel pour appui; Et n'est-ce pas à vous d'avoir pitié de lui? Quelques amis encore. échappés au carnage Vendent bien cher leur vie et marchent au rivage : Vous êtes mal gardée : on peut les réunir.
ZULIXB.
Et vous me commandez encor de vous servir ?
▲ TIDB.
Quand je vous lai cédé, quand, vous donnant ma vie,
Je me suis immolée à votre jalousie ,
Quand j'osais en ces lieux vous presser à genoux
De m'abandonner-fleiile , et de suivre rni époux , Puis-je eneor ménfier to» fureurs inquiètes ? Que vous iaut-^il P parlez, cruelle que vous êtes l Quel fruit recueillez-vous de* toutes vos erreurs? Et qui peut contre moi vous irriter ? ^
zcri.iiffB.
Vos pleurs.
Votre attendrÎASttMnt, votre excès de- courage. Votre crainte pour lui, vos yeux, votre langage. Vos charmes, mon malheur, et mes^ transports jaltoux ; Tout m*irrite, crueHe , et m*arrae contre vous. Vous avez mérité qu#Ramire vous aime; Vous me forcez enfin d'immoler pour vous-même Et Tamour paternd , et Thonnear de mes jours. Je vous sers, vous, madame ; il le £iut, et j*y cours ; Mais vous me répondrez...»
ATXDB.
Ah ! c en est trop , bari^are !
Eh bien ! j*aime Ramire : oui, je vous le déclare; Je Taime , je le cède , et vous vous indignez ! J'ai sauvé votre amant, et vous vous en plaignez \ Quel temps pour les fureurs de votre jalousie ! Quel temps pour le reproche ! il s'agit de sa vie. Je jure ici par lui, par ce commun efiroi , J'en atteste le jour, ce jour que je vous doî , Que vous n'aurez jamais à redouter Adde. Ne vous figurez pas que ma douleur timide S'exhale en vains sermens qu'arrache le danger ; Je jure encor oe ciel, lent à nous prot^er , Que s'il me permettait de délivrer Ramire , S'il osait me donner son cœur et son empire^ Si du plus tendre amour il écoutait l'erreur, Je vous sacrifîrais son empire et son coeur.