‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 55 sur 446 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

VENDÔME, COUCY

YBNDÔMB.

JMous périssions sans vous , Coucy ^ je le confesse. Vos conseils ont guidé ma fougueuse jeunesse ; C'est TOUS dont Tesprit ferme et les jeax péuétrans Mont porté des secours en cent lieux diffiéreus. Que n ai-je, comme vous, ce tranquille couf^^. Si froid dans le danger, si calme dans Toragé! Coucy m'est nécessaire aux conseils, aux combats ; Et c est à sa grande âme à diriger mon bras.

couct.

Ce courage brillant, qu'en vous on Toit paraître ^ Sera maître de tout, quand vous en seim maître : Vous l'avez su régler, et vous avez vainc». Ayez dans tous les temps cette utile vertu : Qui sait se posséder, peut commander au monde. Pour moi, de qui le bras faiblement vous seconde^ Je connais mon devoir , et je vous ai isuivi. Dans l'ardeur du combat je vous ai peu servi ^ Nos guerriers sur vos pas marchaient à la victoire, Et suivre les Bourbons, c'est voler à la gloire. Vous seul, seigneur, vous seul avez fait prisonnier Ce chef des assaiUans, ce superbe guerrier.

Vous l'avez pris vous-même, et maître de sa vie, Vos secours Tônt sauve de sa propre furie.

VBHDÔKB.

D*où vient donc , cher Coucy , que cet audacieux ,

Sous son casque fermé , se cachait à mes yeux ?

D'où vient qu'en le prenant, qu'en saisissant ses armes,

J'ai senti, malgré moi j de nouvelles alarmes ?

Un je ne sais quel trouble en moi s'est élevé;

Soit que ce triste amour , dont je suis captivé,

Sur mes sens ^arés répandant sa tendresse ,

Jusqu'au sein des combats m'ait prêté sa faiblesse ^

Qu'il ait voulu marquer toutes mes actions

Par la molle douceur de ses impressions ;

Soit plutêt que la voix de ma triste patrie

Parle encore en secret au cœur qui l'a trahie ;

Qu'elle condamne encor mes funestes succès ,

Et ce bras qui n'est teint que du sang des Français, ip)

^ GOCGT.

Je prévois que bientôt cette guerre fiitale ,

Ces troubles intestins de la maison royale.

Ces tristes faQ^ons , céderofht au danger

D'abandonner la France au fils de l'étranger.

Je vois que de l'Anglais la race est peu chérie,

Que leur joug est pesant , qu'on aime la patrie ,

Que le sang des Capets est toujours adoré.

Tôt ou tard il faudra que de ce tronc sacré

Les rameaux divisés et courbés par l'orage.

Plus unis et plus beaux , soient notre unique ombrage.

Nous y seigneur, n'avons-nous rien à nous reprocher?

Le sort au prince anglais vpulut vous attacher ;

De votre sang , du sien , là querelle est commune ;

Tous suivez son parti , je suis votre fortune.

Comme vous aux Anglais le destin m'a lié ,

Page 1