‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 61 sur 446 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Tout vous flattait sur moi d'un empire suprême; Tout vous a fait penser qu'un rang si glorieux, Présenté par vos mains , éblouirait mes jeux. Vous vous trompiez' : il faut rompre enfin le silence. Je vais vous offenser; je me fais violence : Mais , réduite à parler, je vous dirai , sejgneur, •

Que l'amour de mes rois est gravé dans mon cœur. De votre sang au mien je vois la différence ; Mais celui dont je sors a coulé pour la France. Ce digne connétable en mon cœur a transmis La haine qu'un Français doit à ses ennemis ; Et sa nièce jamais n'acceptera pour maître L'allié des Anglais , quelque grand qu'il puisse être. Voilà les sentimens que son sang m'a tracés, Et s'ils vous font rougir, d^st vous qui m'y forcez.

VENDÔME

Je suis , je l'avoùrai , surpris de ce langage ;

Je ne m'attendais pas à ce nouvel outrage,

Et n'avais pas prévu que le sort 'en courroux.

Pour m'accabler d'a£Fronts, dût se servir de vous.

Vous avez fait, madame, une secrète étude

Du mépris, de l'insulte et de l'ingratitude;

Et votre cœur enfin , lent à se déployer,

Hardi par ma faiblesse, a paru tout entier.

Je ne connaissais pas tout ce zèle héroïque,

Tant d'amour pour vos rois, ou tant de politique.

Mais, vous qui m'outragez , me connaissez-vous bien?

Vous reste-t-il ici de parti que le mien ?

Vous qui me devez tout; vous qui, sans ma défense.

Auriez de ces Français assouvi la vengeance ,

De ces mêmes Français , à qui vous vous vantez

De conserver la foi d'un cœur que vous m'ôtez !

Est-ce donc là le prix de vous avoir servie.»^ (^}

ADBtAÏDE.

Oui , VOUS m'avez sauvée ; oui , je vous dois la vie ; * Mais y seigneur, mais, hélas! n'en puis-je disposer? Me la conserviez* vous pour la tyranniser?

VBHDÔXB.

Je deviendrai tyran ; mais moins que vous, cruelle ; Mes yeux lisent trop bien dans votre âme rebelle; Tous vos prétextes faux -m'apprennent vos raisons : . Je vois mon déshonneur, je vois vos trahisons. Quel que soit l'insolent que ce cœur me préfèse, Redoutez mon amour, tremblez de ma colère; C'est lui seul désormais que mon bras va chercher; De son cœur tout sanglant j'irai vous arracher ; Et si, dans les horreurs du sort qui nous accable, De quelque joie encor ma fureur est capable, Je la mettrai, perfide, à vous désespérer.

Non, seigneur, la raison saura vous éclairer.

Non, votre âme est trop noble, elle est trop élevée,

Pour opprimer ma vie, après l'avoir sauvée.

Mais si votre grand cœur s'avilissait js^nais

jusqu'à persécuter l'objet de vos bienfaits,

Sachez que ces bienfaits, vos Vertus, votre gloire, .

Plus que vos cruautés, vivront dans ma mémoire.

Je vous plains , vous pardonne , et veux vous respecter ;

Je vous ferai rougir de me persécuter ;

Et je conserverai, malgré votre menace, .

Une âme sans courroux , sans crainte , et sans audace.

VENDÔME

Arrêtez; pardonnez aux transports égarés. Aux fureurs d'un amant que vous désespérez. Je vois trop qu'avec vous Goucy d'intelligence,

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