ACTE III, SCENE I. 8x
Vous êtes prisonnier du plus tendre des frères.
ITBMOIIES,
Mon frère ! ah ! malheureux !
DANGESTB.
Il vous était lié Par les nœuds les plus saints d'une pure amitié. Que n'éprouvez-Tous point de sa main secourable !
NEMOURS
Sa fureiur m*eût flatté ; son amitié m'accable.
DANGBSTE.'
Quoi ! pour être engagé dans d autres intérêts , Le haïssez-TOus tant?
NEMOURS
Je Vainie , et je me hais ; Ta y dans les passions de mon âme éperdue y La Toix de la nature est encore entendue.
DANGESTE.
Si contre un frère aimé vous avez combattu , J'en ai tu quelque temps frémir votre vertu : Mais le roi l'ordonnait, et tout vous justifie. L'entreprise était juste , aussi-bien que hardie. Je vous ai vu remplir, dans cet affreux combat, Tous les devoirs d*un chef, et tous ceux d'un soldat; Et vous avez rendu , par des faits incroyables ^ Votre défaite illustre , et vos fers honorables. On a perdu bien peu quand on garde l'honneur.
NEMOURS
Non , ma dé£adte, ami , ne £ait point mon malheur.
Du Guesclin , des Français l'amour et le modèle , ^
Aux Anglais si terrible , à son roi si fidèle ,
Yit ses honneurs flétris par de plus grands revers :
Deux fois sa main puissante a langui dans les fers :
II n'en fut que plus grand , plus fier et plus à craindre j
THiATRE. TOMB II. g
da . ADELAÏDE DU GUESCLIN,
Et son vainqueur tremblant fut bientôt seul à plaindre.
Du Guesclin , nom sacré , nom toujours précieux !
Quoi ! ta coupable nièce évite encor mes yeux !
Ah ! sans doute, elle a dû redouter mes reproches;
Ainsi donc, cher Dangeste , elle fuit tes approches ?
Tu n'as pu lui parler?
DANGBSTB.
Seigneur, je vous ai dit Que bientôt*...
NBMOtTAS.
Ah ! pardonne à mon cœur interdit. Trop chère Adélaïde! Eh bien ! quand tu l'as vue, Parle ^ à mon nom du moins paraissait-elle émue?
DANGESTE.
Votre sort en secret paraissait la toucher ; Elle versait des pleurs , et voulait les cacher.
nsMOuas.
Elle pleure et m'outrage! elle pleure et m'opprime ! Son cœur, je le vois bien , n'est pas né pour le crime. Pour me sacrifier elle aura combattu; La trahison la gène, et pèse à sa vertu : Faible soulagement à ma fureur jalouse!
Ta-t^n dit en eflTet que mon frère l'épouse?
DAHGESTB.
S'il s'en vantait lui«méme; en pouvez* vous douter?
hbxoijrs.
Il l'épouse ! A ma honte elle vient insulter! Ah Dieu!