‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 73 sur 446 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Ponr un antre que vous ma rie est destinée; Je TOUS en fais TaTeu , je m'y vois condamnée, {e) Oui, j'aime; et je serais- ipdigne, devant vous, De celui que mon cœur s'est promis pour époux, Indigne de Taimer, si, par ma complaisance, J'avais à votre amour laissé quelque espérance. Vous avez regardé ma liberté, ma foi, Comme un bien de conquête, et qui n'est plus à moL Je vous devais beaucoup ; mais une telle ofiFense Ferme à la fin mon cœur à la reconnaissance : Sachez que des bien&its qui font rougir mon front, A mes yeux indignés ne sont plus qu'un aCFront. J'ai plaint de votre amour la violence vaine ; Mais, après ma pitié, n'attirez point ma haine. J'ai rejeté vos vœux , que je n'ai point bravés ; J'ai voulu votre estime, et vous me la devez.

VENDÔME

Je vous dois ma colère, et sachez qu'elle égale

Tous les emportemens de mon amour fatale.

Quoi donc! vous attendiez, pour oser m'accabler.

Que Nemoiu's fàt présent, et me vit immoler ?

.yo^s vouliez ce témoin de l'affront que j'endure ?

Allez, je le croirais l'auteur de mon injure,

Si.... Mais il n'a point vu vos funestes appas;

Mon frère trop heureux ne vous connaissait pas.

Nommez donc mon rival : mais gardez-vous de croire

Que mon lâche dépit lui cède la victoire.

Je vous trompais, mon cœur ne peut feindre long-temps :

Je vous traîne à l'autel, à ses yeux expitans;

Et ma main, sur sa cendre, à votre main donnée,

Va tremper dans le sang les flambeaux d*hyménée.

Je sais trop qu'on a vu, lâchement abusés.

Pour des mortels obscurs, des princes méprises;

Et mes yeux perœroot , dans la foule inconnue , Jusqu'à ce yil objet qui se cache à ma vue.

XBKOUAS.

Pourquoi d'un choix indigne osei-TOus l'accuser?

▼ BITDÔMB.

Et pourquoi, touS| mon frère ^ oSez-TOus l'excuser? Est-il vrai que de tous elle était ignorée? Ciel ! à ce pi^e affreux ma foi serait livrée ! Tremblez.

HBMOURS.

Moi, que je tremble ! ah ! j'ai trop dévoré L'inexprimable horreur où toi seul m'as livré. J'ai forcé trop long«temps mes transports au silence : Connais-moi donc, barbare, et remplis ta vengeance. Connais un désespoir à tes fttreOrs égal. Frappe , voilà mon cœur , et voilà ton rival.

VENDÔME

Toi , cruel ! toi , Nemours ?

HBMOURS.

Oui, depuis deux années.

L'amour la plus secrète a joint nos destinées. C'est toi dont les fureurs ont voulu m'arracher Le seul bien sur la terre oii j*ai pu m'attacher* Tu fais depuis trois mois les horreurs de ma vie; Les maux que j'éprouvais passaient ta jalousie : Par tes ^[aremens juge de mes transports. Nous puisâmes tous deux dans ce sang dont je sors, L'excès des passions qui dévorent une âme; La nature à tous deux fit un coeur tout de flamme. Mon firère est mon rival, et je l'ai combattu ; J'ai fait taire le sang, peut-être la vertu. Furieux, aveuglé, plus jaloux que toi-même, J'ai couru, j'ai voté, pour t'ôter ce que j'aime;

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