I.LSIC.WN
Hélas ! de cette cour j'ai vu jadis la gloire. Quand Philippe à Bovine enchaînait la victoire , Je combattais, seigneur, avec Montmorency , Melun , d'Estaing, de Nesle, et ce fameux Couci. Mais à revoir Paris je ne dois plus prétendre : Vous voyez qu'au lombeau je suis prêt à descendre : Je vais au roi des rois demander aujourd'hui Le prix de tous les maux que j'ai soufferts pour lui. Vous, généreux témoins de mon heure dernière. Tandis qu'il en est temps, écoutez ma prière : Nérestan, Châtillon, et vous... de qui les pleurs Dans ces moments si chers honorent mes malheurs , Madame, ayez pitié du plus malheureux père Qui jamais ait du ciel éprouvé la colère , Qui répand devant vous des larmes que le temps Ne peut encor tarir dans mes yeux expirants. Une fille , trois fils , ma superbe espérance » Me furent arrachés dès leur plus tendre enfance : 0 mon cher Châtillon, tu dois t'en souvenir!
CHATILLON
De vos malheurs encor vous me voyez frémir.
LUSIGNAN
Prisonnier avec moi dans Césarée en flanmie , Tes yeux virent périr mes deux fils et ma femme.
CHATILLON
Mon bras, chargé de fers, ne les put secourir.
LUSIGNAN
Hélas! et j'étais père, et je ne pus mourir! Veillez du haut des cieux , chers enfants que j'im[)lore , Sur mes autres enfants , s'ils sont vivants encore ! Mon dernier fils, ma fille, aux chaînes réservés, Par de barbares mains pour servir conservés. Loin d'un père accablé , furent portés ensemble
154 ZAÏRE
Dans ce même sérail oii le ciel nous rassemble.
CHATILLON
Il est vrai, dans l'horreur de ce péril nouveau, Je tenais votre fille à peine en son berceau : Ne pouvant la sauver, seigneur, j'allais moi-même Répandre sur son front l'eau sainte du baptême , Lorsque les Sarrasins., de carnage fumants, Revinrent l'arracher à mes bras tout sanglants. Votre plus jeune fils, à qui les destinées Avaient à peine encore accordé quatre années , Trop capable déjà de sentir son malheur. Fut dans Jérusalem conduit avec sa sœur.
NÉRESTAN
De xjuel ressouvenir mon âme est déchirée ! A cet âge fatal j'étais dans Césarée ; l£t , tout couvert de sang et chargé de liens , Je suivis en ces lieux la foule des chrétiens.
LUSIGNAN
Vous , seigneur !.,. Ce sérail éleva votre enfance?...
( Ed les regardant. )
Hélas ! de mes enfants auriez-vous connaissance*? Ils seraient de votre âge, et peut-être mes yeux..- Quel ornement, madame, étranger en ces lieux ! Depuis quand l'avez-vous?
ZAÏRE-
Depuis que je respire. Seigneur... Hé quoi! d'où vient que votre âme soupire?
( Elle lui donne la croix. )
LUSIGNAN
Ah ! daignez confier à mes tremblantes mains...
ZAÏRE
De quel trouble nouveau tous mes sens sont atteints !
( Il l'approche de sa bouche en pleurant. )
Seigneur, que faites-vous ?
LUSIGNAN
O ciel ! ô Providence !
Mes yeux , ne tionipez point ma timide espérance ! Serait-il bien possible? Oui, c'est elle. . je vol Ce présent qu'une épouse avait reçu de moi , Et qui de mes enfants ornait toujours la tète. Lorsque de leur naissance on célébrait la fête.