ACTE IJ, SCÈ^E m
Je revois... je succombe à mon saisissement.
ZAÏRE
Qu'entends-je ? et quel soupçon m'agite en ce moment .^ Ah, seigneur!...
LUSIGN.4JM.
Dans l'espoir dont j'entrevois les charmes , Ne m'abandonnez pas , Dieu qui voyez mes larmes !
CDieu mort sur cette croix , et qui revis pour nous , Parle, achève, ô mon Dieu I ce sont là de tes coups. Quoi! madame, en vos mains elle était demeurée? Quoi! tous les deux captifs, et pris dans Césarée.^
Oui , seigneur.
NÉRESTAN
Se peut-il.?
LUSICNAN.
Leur parole , leurs traits, De leur mère en effet sont les vivants portraits. Oui , grand Dieu I tu le veux , tu permets que je voie... Dieu , ranime mes sens trop tàibles pour ma joie ! Madame... Nérestan... soutiens-moi, ChàtiJlon... Nérestan , si je dois vous nommer de ce noni , Avez- vous dans le sein la cicatrice heureuse Du fer dont à mes yeux une main furieuse...
NÉRESTAN
Oui , seigneur, H est vrai.
LLSIGNAN.
Dieu juste ! heureux moments I
NÉRESTAN, se jetant à genoux.
Ah , seigneur ! ah , Zaïre !
LUSICNAN.
Approchez , mes enfants.
NÉRESTAN
Moi , votre fils !
ZAÏRE
Seigneur !
LUSICNAN.
r-- Heureux jour qui m'éclaue !
Ma fille, mon cher fils, embrassez votre père.
' CUATILLON.
Que d'un bonlieur si grand mon cœur se sent touclier I
1J6 ZAÏRE
LLSIGNAN.
De vos bras, mes enfants, je ne puis m'arracher. Je vous revois enfin , chère et triste famille , Mon fils, digne héritier... vous... hélas! vous, ma fille! Dissipez mes soupçons, ôtez-moi celte horreur, Ce trouble qui m'accable au comble du bonheur. Toi qui seul as conduit sa fortune et la mienne , Mon Dieu qui me la rends , me la rends-tu chrétienne ? Tu pleures , malheureuse , et tu baisses les yeux ! Tu te tais! Je t'entends ! O crime! ô justes cieux !
ZAÏRE
Je ne puis vous tromper : sous les lois d'Orosmane... Punissez votre fille... elle était musulmane.
LUSiGiNAîV.
Que la foudre en éclats ne tombe que sur moi ! Ah ! mon fils , à ces mots j'eusse expiré sans toi. "Mon Dieu ! j'ai combattu soixante ans pour ta gloire ; J'ai vu tomber ton temple , et périr ta mémoire ; Dans un cachot affreux abandonné vingt ans , Mes larmes t'imploraient pour mes tristes enfants : Et lorsque ma famille est par toi réunie , Quand je trouve une fille, elle est ton ennemie! Je suis bien malheureux... C'est ton père, c'est moi, C'est ma seule prison qui t'a ravi ta foi. Ma fille , tendre objet de mes dernières peines, Songe au moins , songe au sang qui coule dans tes veines ! C'est le sang de vingt rois , tous chrétiens comme moi ; C'est le sang des héros , défenseurs de ma loi ; C'est le sang des martyrs... O fille encor trop chère, Connais-tu ton destin? sais-tu quelle est ta mère? Sais-tu bien qu'a l'instant que son flanc mit au jour Ce triste et dernier fruit d'un malheureux amour. Je la vis massacrer par la main forcenée , Par la main des brigands à qui tu t'es donnée ! Tes frères , ces martyrs égorgés à mes yeux , T'ouvrent leurs bras sanglants , tendus du haut des cieux. Ton Dieu que tu trahis , ton Dieu que tu blasphèmes, Pour toi , pour l'univers, est mort en ces lieux mêmes ; En ces lieux où mon bras le servit tant de fois , En ces lieux où son sang te parle par ma voix. Vois ces murs , vois ce temple envahi par tes maîtres :