‹ ThéatreChapitre 11 sur 520 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

El qu'il est vertueux , puisqu'il m'avait su plaire.

ÉGINE

Cet amour si constant. . .

JOCASTE

Ne crois pas que mon cœur De cet amour funeste ait pu nourrir l'ardeur; Je l'ai trop combattu. Cependant, chère Égine, Quoi que fasse un grand cœur où la vertu domine , On ne se cache point ces secrets mouvements, De la nature en nous indomptables enfants; Dans les replis de l'âme ils viennent nous surprendre; Ces feux qu'on croit éteints renaissent de leur cendre : Et la vertu sévère , en de si durs combats, Résiste aux passions , et ne les détruit pas.

ÉGIXE.

Votre douleur est juste autant que vertueuse; Et de tels sentiments...

JOCASTE

Que je suis malheureuse!

Tu connais , chère Égine , et mon cœur et mes maux ; J'ai deux fois de l'hymen allumé les flambeaux; Deux fois, de mon destin subissant Tinjustice, J'ai changé d'esclavage, ou plutôt de supplice; Et le seul des mortels dont mon cœur fut touché .. A mes vœux pour jamais dcviiiLiitre-aixadié. „ Pardonnez-moi , grands dieux , ce souvenir funeste I D'un feu que j'ai dompté c'est le mal lieu reux reste. Égine, tu nous vis l'un et l'autre charmés, Tu vis nos nœuds rompus aussitôt que formés : Mon souveram m'aima, m'obtii.t malgré moi-môme; Mon front, chargé d'ennuis, fui ceint du diadème; Il fallut oublier dans ses embrassements Et mes premiers amours et mes premiers serments. Tu sais ({u'à mon devoir tout entière attachée. J'étouffai de mes sens la révolte cachée; Que, déguisant mon trouble et dévorant mes pleurs, Je n'osais à moi-môme avouer mes douleurs...

, rélNE.

Comment donc pouvie/-vous du joug de Ihyménée Une seconde fois tenter la <lestinée ?

2i ŒDIPIi.

JOCASTE

Hélas!

ÉGINE

M'est-il permis de ne vous rien cacher?

JOC.\STE

Parle.

ÉGINE

Œdipe, madame , a paru vous toucher; Et votre cœur, du moins sans trop de résistance, De vos États sauvés donna la récompense.

JOCASTE

Ah ! grands dieux !

ÉGINE

Était-il plus heureux que Laïus, Ou Philoctète absent ne vous touchait-il plus? Entre ces deux héros étiez-vous partagée.'

JOCASTE

Par un monstre cruel Thèbe alors ravagée

A son libérateur avait promis ma foi ;

Et le vainqueur du sphinx était digne de moi.

ÉGINE

Vous l'aimiez ?

JOCASTE

Je sentis pour lui quelque tendresse ; Mais que ce sentiment fut loin de la faiblesse! Ce n'était point , Égine , un feu tumultueux , De mes sens enchantés enfant impétueux ; Je ne reconnus point cette brûlante flamme Que le seul Philoctète a fait naître en mon âme , Et qui , sur mon esprit répandant son poison , De son charme fatal a séduit ma raison. Je sentais pour Œdipe une amitié sévère : Œdipe est vertueux , sa vertu m'était chère ; Mon cœur avec plaisir le voyait élevé Au trône des Thébains, qu'il avait conservé. Cependant sur ses pas aux autels entraînée , Egine, je sentis dans mon âme étonnée Des transports inconnus que je ne conçus pas ; Avec horreur enfin je me vis dans ses bras. Cet hymen fut conclu sous un affreux augure : Égine , je voyais dans une nuit obscure,

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