‹ ThéatreChapitre 10 sur 520 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

JOCASTE , ÉGINE , ARASPE , le choeur.

ARASPE

Oui, ce peuple expirant, dont je suis l'interprète, D'une commune voix accuse Pliiloctète, Madame; et les destins, dans ce triste séjour, Pour nous sauver, sans doute, ont permis son retour.

JOCASTE

Qu'ai-je entendu , grands dieux !

ÉGINE

Ma surprise est extrême!.

Qui ?lui: qui? Philoctète!

ARASPE

Oui , madame , lui-môme.

A quel autre, en elfet, pourraient-ils imputer Un meurtre qu'à nos yeux il sembla méditer.? 11 haïssait Laïus , on le sait; et sa haine Aux yeux de votre époux ne se cachait qu'à peine : La jeunesse imprudente aisément se trahit; Son front mal déguisé découvrait son dépit. J'ignore quel sujet animait sa colère; Mais au seul nonidujoi , trop prompt ej^ trop sincère. Esclave d'tmrjinrrniiY qu'il ne pouvait dompter ^ V<r-;^'•'^ Jusques à la menace il osa s'emporter : Il partit; et, depuis, sa destinée errante Ramena sur nos bords sa fortune flottante. Même il était dans Thèbe en ces temps malheureux Que le ciel a marqués d'un parricide affreux : Depuis ce jour fatal, avec quelque apparence, De nos peuples sur lui tomba la défiance. Que dis-je? assez longtemps les soupçons des Thébains Entre Phorbas et lui flottèrent incertains : Cependant ce grand nom qu'il s'ac(iuit dans la yucrrc.

-n ŒDIPE.

Ce titre si fameux de vengeur de la terre,

Ce respect qu'aux héros nous portons malgré nous, •

Fit taire nos soupçons et suspendit nos coups.

Mais les temps sont cliangés : ïhèbe , en ce jour funeste ,

D'un respect dangereux dépouillera le reste;

En vain sa gloire parle à ces cœurs agités :

Les dieux veulent du sang, et sont seuls écoutés.

PREMIER PEUSONNAGE DU CHOEUR

O reine! ayez pitié d'un peuple qui vous aime. Imitez de ces dieux la justice suprême; Livrez-nous leur victime, adressez-leur nos vœux : Qui peut mieux les toucher qu'un cœur si digne d'eux?

JOCASTE

Pour fléchir leur courroux s'il ne faut que ma vie, Hélas ! c'est sans regret que je la sacrifie. Thébains, qui me croyez encor quelques vertus. Je vous offre mon sang : n'exigez rien de plus. Allez.

scÈrsE II.

ÏOCASTE, ÉGINE.

Écr]>nE.

Que je vous plains!

JOCASÏE.

Hélas ! je porte envie A ceux qui dans ces murs ont terminé leur vie. Quel état ! quel tourment pour un cœur vertueux :

ÉGINE

Il n'en faut point douter , votre sort est affreux ! Ces peuples , qu'un faux zèle aveuglément anime, Vont bientôt à grands cris demander leur victime. Je n'ose l'accuser ; mais quelle horreur pour vous, Si vous trouvez en lui l'assassin d'un époux !

JOCASTE

Et l'on ose à tous deux faire un pareil outrage ! Le crime , la bassesse eût été son partage! Égine , après les nœuds qu'il a fallu briser , 11 manquait à mes maux de l'entendre accuser. Apprends que ces soupçons irritent ma colère ,

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